22 juin 1999

S'APPRÊTE À FAIRE MAIN BASSE SUR LES MÉDIAS


Selon l'Association des médias des Îles du Pacifique (PINA), le gouvernement des îles Fidji entreprend bien mal son nouveau mandat avec son intention déclarée de soutenir les médias libres. Le 21 juin, le gouvernement de coalition dirigé par le parti travailliste a dévoilé son plan de présenter devant le Parlement un projet de loi en vue d'imposer un "conseil des médias", de manière à remplacer le conseil d'autoréglementation actuel, qui est un organisme indépendant. Selon Lekh Ram Vayeshnoi, ministre chargé de l'information auprès du Premier ministre Mahendra Chaudry, les médias poursuivent "leurs propres objectifs politiques". Il a déclaré devant la Chambre des Représentants qu'"ils [les médias] ont tout fait pour promouvoir et projeter les tendances des gens ou des groupes qu'ils appuient, aux dépens des autres". Il a aussi ajouté que le conseil serait doté d'un code de conduite qui comprendrait "un code d'éthique en matières de nouvelles, des normes de programmation et des normes de publicité". Après son élection le mois dernier, rapporte le journal "The Fiji Times", le nouveau Premier ministre Mahendra Chaudry s'est engagé le 21 mai à n'adopter aucune loi dirigée contre les médias, ni à leur imposer de permis d'exploitation. La PINA signale également que le gouvernement a déposé un nouveau projet de loi pour réglementer l'industrie de la radiodiffusion. L'annonce en a été faite le 15 juin par le Président Ratu Sir Kamisese Mara dans un discours prononcé à l'inauguration du nouveau Parlement, et où il a défini les politiques du gouvernement. L'ancien gouvernement, avec l'aide de la Thomson Foundation de Grande-Bretagne, avait procédé à la révision de toute la législation portant sur les médias. La PINA indique que les radiodiffuseurs des îles Fidji attendent d'en savoir davantage avant de formuler quelque commentaire que ce soit. Selon la PINA, "les îles Fidji ont l'une des radio-télévisions les plus diversifiées des îles du Pacifique, avec des stations de radio publique et de radio commerciale, propriétés du gouvernement, des stations de radio commerciale du secteur privé, des stations de radio communautaire et religieuse, ainsi que des stations de télévision commerciale et communautaire".

Le 18 juin, la PINA pressait le nouveau gouvernement des Fidji de retirer un avis qu'il avait émis de ne faire paraître de la publicité gouvernementale que dans l'un des deux seuls quotidiens de l'archipel. D'après la PINA, "dans le passé, ce genre de tactique publicitaire était très en usage aux Fidji et ailleurs, dans d'autres pays insulaires du Pacifique pour intimider les entreprises de presse". Quant au ministère de l'Information, dont le titulaire est le Premier ministre Chaudry lui-même, il a émis un avis dans lequel il affirme qu'il ne doit y avoir de publicité gouvernementale, "dans la mesure du possible", que dans le "Daily Post". Cette nouvelle fait suite à une semaine pendant laquelle certains ministres du nouveau gouvernement de coalition des Fidji s'en sont pris au plus important quotidien du pays, le "Fiji Times", et ont dénoncé quelques-uns des articles qui y ont paru. Le "The Fiji Times" a déjà remporté le prix de la PINA pour la Liberté de l'information dans le Pacifique.

Le"Fiji Times" rapportait 12 juin le que des entreprises de presse se sont plaintes de ce que les policiers assurant la sécurité personnelle du Premier ministre Chaudry avaient brutalisé des journalistes. D'après la PINA, "la police a accru les mesures de sécurité après l'élection de Chaudry, premier Premier ministre des Fidji d'origine indienne, c'est-à-dire descendant des ouvriers importés de l'Inde pendant l'époque coloniale britannique et liés par contrats non résiliables à des plantations de canne à sucre".

En 1987, un coup d'État militaire avait renversé le gouvernement à majorité indienne, dont Chaudry était ministre, après que des troubles eurent éclaté autour du résultat de l'élection.