6 juillet 1999

POUR RESTREINDRE LA LIBERTÉ DES MÉDIAS


L’agence régionale de nouvelles Pacnews rapporte le 2 juillet que les correspondants
étrangers qui couvrent le conflit ethnique aux Îles Salomon ont été avertis qu’aux
termes des dispositions sur l’état d’urgence, ils pouvaient être emprisonnés,
condamnés à des amendes ou même interdits de séjour. Selon l’Association des médias des Îles du Pacifique (PINA), le gouvernement des Îles Salomon a invoqué des pouvoirs d’urgence qui restreignent les reportages des médias,tandis que s’envenime le conflit dans l’île de Guadalcanal, où se trouve la capitale de l’archipel, Honiara. Les personnes trouvées coupables de contrevenir aux dispositions d’urgence sont passibles d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à deux ans et d’une amende qui peut atteindre 5 000 dollars des Salomon (env. 1 035 $ US). Il est maintenant interdit d’imprimer, de radiodiffuser ou de transmettre des informations qui incitent à la violence ou qui sont susceptibles de provoquer des troubles raciaux ou communautaires. En conséquence, le radiodiffuseur national, la “Solomon Islands Broadcasting Corporation”, a cessé de retransmettre les bulletins d’informations de “Radio Australia”, de la BBC et de “Radio New Zealand International”. À l’heure actuelle, les bulletins de nouvelles en provenance d’outre-mer sont enregistrés et retransmis après avoir été vérifiés. L’agence Pacnews rapporte également que le bureau du Premier ministre a demandé à la “Solomon Islands Broadcasting
Corporation” de s’abstenir temporairement de rapporter les détails d’un accord de paix.

Le ministre d’État du Bureau du Premier ministre, Alfred Sasako, a déclaré que le
gouvernement envisageait d’interdire les correspondants étrangers. Le Comité pour la
protection des journalistes (CPJ) signale qu’au 30 juin, selon ses sources, tous les
journalistes étrangers avaient quitté le pays. Pour sa part, Reporters sans frontières
(RSF), “s’inquiète des motifs invoqués pour imposer des restrictions, comme celui de
‘provoquer la désaffection à l’égard du gouvernement’, que le gouvernement peut
invoquer arbitrairement pour imposer la censure totale sur le conflit ethnique, et qui peuvent mener à l’incarcération des journalistes”. Entre-temps, le quotidien des Îles Salomon, le “Solomon Star”, a affirmé le 30 juin que les restrictions imposées aux
médias dans le cadre des pouvoirs d’urgence “ressemblent davantage à celles qui
existaient sous le régime de l’apartheid en Afrique du Sud ou sous la dictature au
Nigéria ”. Selon le CPJ, les affrontements entre militants armés originaires de Guadalcanal et colons de l’île voisine de Malaita se multiplient depuis six mois et ont
forcé des milliers de personnes originaires de Malaita à s’enfuir.