27 juillet 1999

TANDIS QUE SE POURSUIT L'AGITATION SOCIALE AU BÉLARUS


La Fondation pour la défense de la glasnost (GDF), Reporters sans frontières (RSF) et l'Association des journalistes du Bélarus (AJB) rapportent que des manifestations organisées à Minsk récemment par l'opposition ont provoqué dans le pays une vague d'arraques contre la liberté de la presse. Les gestes récents "illustrent la volonté de mainmise des autorités sur les médias d'opposition", souligne RSF. Irina Khalip, rédactrice en chef de l'hebdomadaire indépendant "Imia", et Alexei Tchidlovsky, du journal indépendant "Navini" ont été arrêtés le 21 juillet lors de deux incidents distincts. Ils ont tous deux été détenus pendant plusieurs heures par des agents de sécurité. Le lendemain, la police a perquisitionné les bureaux de "Imia" et un mandat d'arrêt a été lancé contre Mme Khalip. On a entrepris des poursuites contre "Imia" après la parution d'un article "critique sur un proche du Président Alexandr Loukachenko".

Les trois groupes rapportent aussi que Igor Maïortchik, journaliste de l'hebdomadaire indépendant "Beloruskaïa Gazeta", a reçu une sommation de l'enquêteur du bureau du procureur après la parution d'un article sur la disparition mystérieuse de l'ancien ministre de l'Intérieur, Youri Zakarenko. Selon une déclaration émise le 26 juillet par l'AJB, "les autorités du Bélarus recommencent à exercer de fortes pressions sur les entreprises de presse indépendantes et empiètent sur les droits individuels des journalistes". En plus de l'arrestation des journalistes et des agressions commises contre eux, la "Beloruskaïa Gazeta" est poursuivie parce qu'elle aurait diffamé un juge et tout le système judiciaire bélarusse. L'AJB s'inquiète des moyens de pression exercés contre les journaux indépendants, qu'elle qualifie de "seule autre source d'information dans le pays". "Le régime du président Loukachenko persiste à sanctionner toute voix dissidente dans le pays", déclare pour sa part Robert Ménard, secrétaire général de RSF, à la suite de la consigne qu'ont reçue les médias de souligner les acquis "positifs" du régime. La consigne a été donnée avant l'expiration du mandat présidentiel, le 20 juillet. Le Président a fait des remontrances au directeur général de la télévision d'État Grigori Kissel, affirmant qu'il ferait "mieux d'aller en province et de montrer comment vivent les gens simples de la campagne". L'avertissement a été lancé parce que le Président était mécontent de la manière dont la télévision d'État avait rendu compte des manifestations de l'opposition.

Au Bélarus, le Comité d'État sur la presse peut notamment suspendre un média après deux "avertissements" sans avoir à motiver sa décision. Plusieurs publications ont ainsi été "averties" en juin dernier à la suite d'articles critiques à l'égard du pouvoir. RSF précise en outre que "dès février 1999, l'ensemble des médias avait été mis en garde par les autorités contre le fait de rendre compte de l'élection présidentielle organisée par l'opposition et non reconnue par le pouvoir". L'opposition, comme la communauté internationale, ne reconnaît toujours pas la légalité de la Constitution dite présidentielle de 1996, qui prolonge le mandat présidentiel jusqu'en 2001. Beaucoup de membres de la communauté internationale ne reconnaissent pas non plus ce mandat. RSF fait appel à la communauté internationale, à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) notamment, pour qu'elle "use de toute son influence afin d'obtenir plus de liberté pour les médias dans ce pays".