23 novembre 1999

LA SITUATION DE LA LIBERTÉ DE PRESSE A EMPIRÉ EN 1999


L’Association mondiale des journaux (AMJ) a décerné sa Plume d’Or de la liberté de l’an 2000 au journaliste syrien Nizar Nayouf pour sa “contribution exceptionnelle à la cause de la liberté de presse”. L’état de santé de Nayouf, qui est en prison depuis 1992, s’est considérablement détérioré et laisse craindre le pire à la suite de “tortures indicibles et [de l’]effet de maladies pour lesquelles on lui a nié tout traitement médical convenable”. Il est atteint entre autres d’un cancer lymphatique, il a les jambes paralysées et des vertèbres fracturées. Nayouf a également survécu à trois tentatives d’assassinat en prison. Les autorités ont indiqué qu’il ne recevrait de soins médicaux que s’il retire ses déclarations sur les violations des droits de la personne en Syrie, ce que Nayouf refuse obstinément. Pour l’AMJ, “son sacrifice nous rappelle que la liberté d’expression peut s’exercer parfois à un prix très élevé. Il constitue une inspiration pour les éditeurs et les journalistes, partout dans le monde.”

Nayouf, qui était autrefois rédacteur en chef de “Sawt al-Democratiyya” [Le Vote de la démocratie] et secrétaire général du Comité de défense de la liberté démocratique en Syrie (CDF), a d’abord été arrêté pour appartenance à une organisation “non autorisée” et pour “diffusion de fausses informations”. Nayouf a été emprisonné au secret à la prison militaire de Mezze après avoir tenté d’organiser une rébellion de prisonniers, et avoir réussi à faire sortir de prison des preuves que les autorités carcérales torturent des prisonniers.

Dans sa revue annuelle de la situation de la liberté de presse dans le monde, l’AMJ a condamné fermement la Syrie pour son piètre dossier au chapitre des droits de la personne. Selon l’AMJ, “le nombre des journalistes tués, emprisonnés et censurés s’est accru en 1999 dans la plupart des régions, faisant ainsi de la dernière année du siècle une année pitoyable pour la liberté de presse”. Déjà, selon l’AMJ, 47 journalistes ont été assassinés en 1999, 400 autres ont été emprisonnés et plus de 150 journaux ont été suspendus. Le nombre de journalistes qui ont perdu la vie en 1998 s’était établi à 28, tandis qu’il avait été de 26 en 1997. Bien que les chiffres élevés de 1999 soient attribuables aux guerres en Sierra Leone et en République fédérale de Yougoslavie, l’AMJ fait remarquer que les atrocités sont plus répandues. “L’Europe, poursuit l’AMJ, qui n’avait connu aucun meurtre de journaliste en 1998, en compte douze en 1999; en Afrique, le total a presque doublé, passant à seize.” L’AMJ rapporte également que 200 des 400 journalistes emprisonnés cette année le sont toujours.

Bien qu’un seul journaliste ait perdu la vie eu Moyen-Orient cette année, “la censure, l’intimidation et l’emprisonnement sont monnaie courante dans la région, alors que le journalisme indépendant est totalement absent de la plupart des États répressifs que sont l’Irak, la Syrie, l’Arabie saoudite, la Libye et la Tunisie”. Neuf des vingt journalistes emprisonnés au Moyen-Orient le sont en Syrie. L’AMJ rapporte que la situation de la liberté de presse en Iran a régressé en 1999, l’accès à Internet étant filtré par le gouvernement et un nouveau projet de loi répressive qui force les journalistes à dévoiler leurs sources ayant été déposé.

En Afrique, l’AMJ constate que huit des 39 journalistes assassinés ou emprisonnés l’ont été en Éthiopie. Le Nigéria compte quatre journalistes assassinés au cours de sa transition vers la démocratie. L’Europe compte pour sa part douze journalistes assassinés cette année, en République fédérale de Yougoslavie, en Turquie, en Grande-Bretagne, en Ukraine et à Chypre.

L’Asie a été témoin en 1999 du meurtre de sept journalistes et de l’emprisonnement de 30 autres. L’AMJ affirme que peu de pays asiatiques sont considérés comme libres et que “la Birmanie, le Vietnam, la Chine et l’Afghanistan sont mentionnés fréquemment comme ceux qui ont les régimes les plus répressifs du monde”. La Chine continue de présenter le pire dossier au chapitre des journalistes emprisonnés, alors que onze représentants de la presse y sont toujours incarcérés. En Indonésie, quoique l’on ait assisté à la naissance de quelques nouvelles publications et à la formation de nouvelles associations de presse, l’année a été particulièrement difficile, trois journalistes ayant été assassinés au Timor oriental depuis le mois de juin.

Bien que le nombre des journalistes tués et emprisonnés en Amérique latine ait diminué en 1999 (cinq journalistes tués en 1999, contre quatorze en 1998), dans presque tous les pays de la région, les journalistes font face à des accusations de diffamation, une “infraction criminelle passible d’emprisonnement”. La région a également connu de nombreux enlèvements de représentants de la presse, surtout en Colombie. On peut consulter le rapport complet de l’AMJ, de même que des renseignements sur les journalistes qui ont perdu la vie en 1999, sur le site web de l’AMJ à : http://www.wan-press.org.">http://www.wan-press.org">http://www.wan-press.org.