Pour une connexion sécurisée, cliquez ici. Si vous vous demandez toujours pourquoi le protocole HTTPS est si important, cliquez ici.
Pour une connexion sécurisée Pourquoi le protocole HTTPS

RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Le suivi et l'évaluation

Une attaque terroriste, un résultat d'élection inattendu, un scandale de corruption, une catastrophe naturelle, le départ d'un membre clé de l'équipe, une coupure de financement : de tels événements peuvent à tout moment affecter une stratégie de campagne. On peut se préparer à réagir à certaines de ces situations, mais pas à toutes. Il existe cependant des mesures à prendre pour faire face aux urgences et à l'inconnu. Le suivi et l'évaluation aideront les activistes à identifier les situations recelant de possibles défis et occasions, et à y réagir en adaptant des stratégies ciblées et porteuses d'impact.

Entre le début et la fin d'une campagne, plusieurs événements peuvent survenir qui auront un effet, majeur ou non, sur son déroulement. Des facteurs imprévus risquent de rendre obsolètes les objectifs d'une campagne ou ôter toute crédibilité à ses acteurs principaux ; de nouveaux défis et alliés se présenteront-ils ? Aussi, le suivi et l'évaluation devraient-ils faire partie intégrante de la stratégie de campagne générale, afin d'autoriser l'identification de ces facteurs et l'adaptation prompte et exacte du plan de campagne.

Qu'est-ce que le suivi et qu'est-ce que l'évaluation ?
Le suivi est un processus continu de collecte et d'enregistrement de données internes et externes. L'évaluation est un processus périodique qui consiste à réviser les données recueillies lors du suivi et à en tirer des conclusions.

Un bon suivi est fondé sur une approche systématique et claire liée aux objectifs de la campagne. Par exemple, si un des objectifs d'une campagne visant la réforme d'une loi des médias consiste à utiliser la couverture médiatique sur ce sujet pour atteindre un nombre ciblé de membres du public, alors les activistes devront suivre et classer tous les rapports médiatiques traitant de ce sujet. Si l'« objectif SMART » visé consiste à atteindre le public cible par le biais d'un article publié tous les deux mois dans un des quatre principaux journaux, et à réaliser une entrevue avec le directeur exécutif de l'organisation à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, alors on évaluera ces rapports en analysant le nombre d'articles publiés, ainsi que leur contenu, afin de savoir si la couverture du message de la campagne a été favorable ou non. Pendant leur évaluation, les membres de l'équipe de la campagne discuteront de la façon dont l'approche a fonctionné auprès des médias et de ce qu'il reste à améliorer.

De même, on pourrait évaluer la réussite d'une conférence de presse (une des activités de la campagne) en analysant les données pertinentes recueillies grâce au processus de suivi, notamment :
  • un exemplaire du communiqué de presse accompagnant l'événement (le message a-t-il atteint sa cible ?) ;
  • le texte de l'invitation à la conférence de presse ;
  • la liste de toutes les personnes et institutions invitées, avec leurs coordonnées ;
  • la documentation concernant la façon dont l'invitation a été envoyée et ses destinataires ;
  • le nombre de réponses enregistré ; combien de personnes ont assisté à l'événement et d'où elles provenaient ; qui était présent (par ex., le directeur d'une institution a été invité, mais c'est le coordonnateur des politiques qui a été désigné pour assister à l'événement) ;
  • les coupures de presse et la couverture de l'événement/enjeu par les médias électroniques ;
  • les réactions des publics ou parties cibles (certains politiciens locaux, une ambassade étrangère), ainsi qu'une analyse de la forme que prend la réaction des parties : publique (communiqués de presse,  déclarations publiques) ou privée (lettres adressées à l'organisation) ;
  • les réactions des partenaires ou des membres de l'organisation (courriels de plaintes ou de félicitations, demandes en vue d'obtenir des documents ou d'organiser des rencontres).
Que l'assistance à l'événement ait été peu nombreuse ou que celui-ci ait, au contraire, attiré les foules et fait l'objet d'une large couverture médiatique, constituant de ce fait une réussite à réitérer, toutes ces informations seront utiles pour en comprendre les raisons. Recueillir ces données et les enregistrer sous forme de tableaux ou de matrices, qu'ils analyseront ultérieurement, aidera les activistes à éviter à l'avenir certaines erreurs, à améliorer leurs campagnes en sachant tirer profit de leurs réussites, et à établir une base de référence fondée sur les éléments qui fonctionnent le mieux.

Quand et où assurer un suivi et une évaluation
Au moment d'élaborer une stratégie de campagne, il est également important de définir une méthodologie de suivi et d'évaluation. Ainsi, à chaque étape du cycle de la campagne, et à même le plan de chaque activité, on évaluera les données à recueillir et les occasions d'évaluation à intégrer afin de s'assurer que la stratégie vise toujours la bonne cible.

C'est pendant le processus d'élaboration de la stratégie de campagne que l'on définira les données à recueillir. Le suivi et la cueillette de données pourraient refléter les grands objectifs d'une campagne – par exemple, si on vise à faire réformer une loi des médias avant la fin de l'année, on pourrait vérifier s'il y a eu, au cours d'une période donnée, des changements au plan des votes ou des opinions émises par les membres du comité parlementaire en charge du projet de loi. Ce type de suivi élargi (par ex., de la progression des résultats ou des impacts) indiquera si l'influence exercée auprès des décideurs clés a évolué. Par ailleurs, on pourrait entreprendre une collecte de données et un suivi rigoureux relativement à une activité particulière, afin de savoir, par exemple, si une séance d'information sur le projet de loi a été efficacement organisée. Dans ce cas, il serait possible de mesurer le nombre de personnes convoquées ; savoir si des notes ont été distribuées, et à qui ; et si les participants se sont montrés intéressés à recevoir des informations de suivi.

Une fois recueillies, les données pertinentes doivent être évaluées afin d'en tirer des leçons et d'effectuer les changements nécessaires pour garantir la réussite d'une campagne. Une évaluation continue et systématique peut adopter différentes formes apparentées, notamment :
  • des réunions hebdomadaires du personnel ;
  • des réunions périodiques entre la directrice/le directeur de campagne et ses gestionnaires ;
  • des réunions avec des « organismes consultatifs » externes.
Il existe plusieurs façons d'évaluer les informations recueillies. Par exemple, il pourrait s'agir strictement d'un processus interne, qui amènerait les activistes et tous leurs partenaires impliqués, à évaluer leurs propres progrès à l'interne par le biais de réunions et/ou rapports périodiques. Ou bien, une organisation qui fait campagne pourrait souhaiter convoquer une réunion ou une série de rencontres entre experts externes et internes afin de discuter de l'enjeu de la campagne. Par exemple, dans le cas d'une campagne qui vise à améliorer les conditions de travail des journalistes, on pourrait faire appel à un avocat spécialisé dans le droit du travail, à des représentants d'un syndicat, à un journaliste, à des conseillers externes et à un propriétaire de journal. Les organisateurs de la campagne pourraient réunir ces personnes tous les deux mois afin d'examiner les plus récents changements au plan politique ; prendre connaissance des déclarations favorables ou hostiles à votre campagne ; obtenir un aperçu des opinions des décideurs et des acteurs clés (politiciens, vedettes, autres organisations) sur l'enjeu ; et vérifier si les objectifs de la campagne demeurent réalistes ou ratent leur cible complètement. Chaque organisation ou équipe de campagne est responsable de concevoir et d'entretenir une stratégie de campagne réussie, bien qu'un groupe d'experts puisse souvent fournir des informations et des conseils impartiaux, frais et professionnels, lorsqu'il s'agit d'évaluer ou d'ajuster la stratégie de campagne.

Pour que cette forme d'évaluation soit efficace, les évaluateurs doivent avoir en main les résultats du suivi, sous forme de copies d'articles de journaux, d'un rapport sur les plus récents développements au sein du Parlement, et de lettres envoyées par l'organisation aux ministres et partenaires. Toutes ces données pourraient amener à conclure qu'une révision de la stratégie de campagne s'impose. À cette étape, il est possible que de nouvelles occasions ou des événements récents viennent changer la donne et rendre nécessaire une révision de la stratégie de campagne originale. Peut-être le moment est-il venu de demander à rencontrer le nouveau ministre de l'information, tout en continuant d'entretenir de bonnes relations avec l'ancien ministre conseiller. Peut-être a-t-on identifié un(e) acteur(rice) ou chanteur(se) populaire susceptible d'appuyer la campagne. Peut-être qu'un facteur externe imprévu offrira une occasion de diffuser largement le message de la campagne ; par exemple : la publication d'un rapport sur la mauvaise utilisation de l'aide étrangère versée à la suite d'une catastrophe naturelle a fait naître chez le public l'envie d'une plus grande transparence et d'un meilleur accès à l'information, ce qui n'était pas le cas au début de la campagne.

De même, il est nécessaire de réviser les objectifs de la campagne lorsque l'opposition à cette dernière s'organise. La formation  imprévue d'une alliance entre parlementaires pourrait bloquer la réforme souhaitée du droit des médias ; peut-être que des dissensions internes au sein d'une organisation partenaire ou alliée ralentissent la marche des activités, ou que l'opinion ou la sympathie du public à l'égard des journalistes a changé suite à un scandale journalistique.

Problèmes à surveiller
Le suivi et l'évaluation ne sont pas des processus simples. Ils peuvent coûter cher et exiger du temps et des ressources humaines considérables. Mettre la main sur des données objectives n'est pas toujours facile, et il ne sera pas plus aisé d'établir un lien entre la campagne entreprise et le résultat obtenu. La ministre a-t-elle changé sa position relativement à l'enjeu de la campagne suite aux différentes rencontres que vous avez eues avec elle ? Le plus récent sondage décrivant la réaction du public face à la campagne est-il fiable, ou a-t-il été manipulé pour refléter le biais politique du journal qui publie la nouvelle ? L'organisation peut-elle se permettre de consacrer du temps à recueillir et à classer toute l'information nécessaire ?

Il se peut que l'on soit tenté, en essayant de répondre à toutes ces questions potentielles, d'abandonner le suivi et l'évaluation. Ainsi, pour fonctionner, le suivi et l'évaluation doivent demeurer simples et refléter les objectifs de la campagne. En outre, là où c'est possible, on devrait tenter d'intégrer les deux processus au travail continu des organisations, ou d'identifier les contextes dans lesquels ces processus ont déjà cours, comme les réunions du personnel ou les rapports.

Conseils pratiques
Il n'est pas nécessaire de suivre tout sujet lié de près ou de loin à la liberté d'expression ; on choisira plutôt de contrôler les indicateurs les plus pertinents, en fonction des objectifs de la campagne (voir le chapitre sur les « objectifs SMART »). Il peut s'avérer très utile de conserver des registres et de suivre les réactions des cibles principales – les médias, le public ou les décideurs clés – afin de vérifier si la campagne les a atteintes, ou non. Une simple règle à suivre consiste à accumuler suffisamment d'informations pour parvenir à une conclusion raisonnable relativement aux impacts possibles, sans pour autant qu'il soit nécessaire d'accumuler suffisamment de données pour rédiger un document universitaire ou assurer une défense juridique.

Une mesure utile consiste à désigner une personne responsable de ces aspects du travail. À l'instar de la  personne en charge du budget du projet, toujours clairement identifiée, on identifiera tout aussi clairement celle responsable du suivi et de l'évaluation de la stratégie de campagne, que ce soit personnellement ou à titre de coordinatrice de l'ensemble de l'exercice. Une ligne particulière du budget devrait d'ailleurs être réservée à cette fin.

Une campagne ne s'organise pas dans un vide mais dans le monde réel, celui que les activistes tentent de changer. Une campagne exige des résultats concrets de la part d'individus particuliers œuvrant dans un contexte social et politique précis. Tous ces facteurs sont sujets à changements, un fait que l'on ne peut se permettre d'ignorer lorsque l'on tente d'atteindre certains objectifs et d'exercer un impact sur la vie des gens.

Par Rafael Barca - consultant expert en matière de campagnes  et de développement organisationnel stratégique

Dernier Tweet :

مؤخرًا في #الشرق_الأوسط_و_شمال_إفريقيا : 🌍 #برامج_مراقبة تستهدف النشطاء البحرينيين🇧🇭، حالة حرية التعبير في #تونسhttps://t.co/YPrzm50uLk