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Étude de cas : L'impact du blogue du Comité pour la protection des journalistes

Bien des membres de la communauté de l'IFEX se demandent comment renforcer le réseau d'alertes et d'actions et comment dépasser ses limites pour améliorer l'efficacité de leur travail de défense de la liberté d'expression. Le Media Institute of Southern Africa (MISA) fait partie des membres de l'IFEX qui ont décidé de répondre à cette question.

Depuis 1994, le MISA surveille les violations de la liberté des médias et de la liberté d'expression au sein de la Southern African Development Community (Communauté de développement de l'Afrique australe, SADC). Cet organisme est d'ailleurs devenu très efficace dans sa publication et sa distribution d'alertes à travers le réseau de l'IFEX.

Or, le MISA a commencé à soulever certaines questions quant à l'efficacité de ses alertes en tant qu'outils de représentation. « Les alertes du MISA sont d'excellents outils de représentation, en ce qu'elles renforcent la cause de la liberté d'expression. Malheureusement, la publication d'alertes ne garantit en rien la protection des journalistes, » selon Zoé Titus, gestionnaire du programme régional de surveillance de la liberté des médias. « Nous recevions les alertes, mais que faire ensuite ? »

Le MISA a reconnu qu'un suivi plus concret devait être donné aux alertes et que les journalistes devaient être soutenus plus efficacement. Le MISA a donc entrepris d'écouter le point de vue de travailleurs des médias qui ont été victimes de violations de la liberté d'expression pour savoir comment mieux aider les personnes dans de telles situations. À travers ce processus de consultation, le MISA a élaboré sa campagne « SADC Journalists Under Fire », qui vise non seulement à révéler des cas d'atteinte à la liberté d'expression et des médias, mais également à appuyer de façon concrète les victimes et militer pour un environnement favorable à la liberté d'expression.


Études préliminaires

Le MISA a mandaté deux consultants pour étudier différentes façons de donner suite efficacement à ses alertes. Les études ont d'abord été menées en Afrique australe par le MISA et un consultant de la région, pour ensuite faire l'objet d'ateliers et être poursuivies par un consultant des Pays-Bas.

Le consultant d'Afrique du Sud a également reçu le mandat d'analyser les alertes actions que le MISA avait émises entre 2000 et 2002. La tâche du consultant consistait à cerner les tendances en matière de harcèlement des médias, à suggérer des actions de suivi efficaces pour différents types de violations et à identifier les journalistes et les travailleurs des médias qui se voyaient attaqués le plus souvent.

L'analyse a révélé que l'étendue des violations de la liberté des médias ne se limitait pas au Zimbabwe, mais que ces violations avaient également lieu dans d'autres pays de la SADC. L'étude a permis de déterminer les 12 violations les plus courantes de la liberté des médias, avec en tête de liste les restrictions sur les déplacements des journalistes, les arrestations et les menaces verbales. Ces informations, qui mettaient en lumière les enjeux prioritaires auxquels une attention immédiate devait être apportée, ont permis au MISA de poser un regard critique sur ses propres programmes et de décider s'il fallait y apporter des ajustements.

Le consultant néerlandais a étudié les possibilités de coopération entre le Nord et le Sud, en plus de poursuivre la mise au point de stratégies de suivi aux alertes.


Ateliers consultatifs

En plus des études qu'il a commanditées, le MISA a organisé deux ateliers consultatifs auxquels ont participé 19 journalistes en provenance de 10 pays différents, qui avaient tous été victimes d'atteinte à la liberté d'expression. Les ateliers ont fourni l'occasion aux journalistes de décrire les violations qu'ils ont subies et l'effet de ces violations sur leur vie, l'aide qu'ils ont reçue ou non, l'aide qui leur a été le plus utile et les autres mesures qui auraient pu leur être utiles.

Le premier atelier, tenu en juillet 2002, a rassemblé des journalistes ayant subi des attaques ainsi que des membres d'un groupe central d'agents d'information du MISA du Zimbabwe et de la Zambie, deux pays considérés à haut risque pour la liberté des médias. Cet atelier a suscité de nombreux échanges sur les différentes façons d'améliorer l'efficacité des activités du MISA.

En mai 2003, un nombre beaucoup plus élevé de participants ont assisté au second atelier, incluant des agents d'information et de représentation du MISA venus de 10 pays de la SADC, des victimes de violations de la liberté des médias, ainsi que plusieurs organismes en faveur des droits de la personne et de la liberté d'expression. Les deux consultants ont présenté leurs rapports lors du forum alors que les participants, réunis en groupes de travail, ont formulé des recommandations précises pour guider les activités futures du MISA.


Document du projet Journalists Under Fire

Les recommandations émises à l'occasion du second atelier ont constitué la base du document du projet de la campagne « SADC Journalists Under Fire », qui résume les stratégies et les activités en matière de collecte et de diffusion d'informations, d'appui direct aux journalistes dont les droits ont été bafoués, de représentation et de lobbying, de formation spécialisée et de recherche ciblée.

Stratégie d'information, incluant les alertes actions

Le MISA et ses sections nationales prévoient poursuivre leur surveillance des médias et la diffusion d'alertes. La stratégie d'information du MISA consiste également à faire ce qui suit :
  • rédiger des articles portant sur des journalistes locaux qui ont été victimes de violations de la liberté des médias, publiés dans un bulletin de nouvelles régionales;
  • distribuer ce bulletin de nouvelles aux organismes de presse, aux ambassades, aux représentants politiques et aux groupes internationaux de défense des droits de la personne;
  • encourager les organismes médiatiques nationaux à utiliser le bulletin.
Bien que sa stratégie de l'information demeure d'une importance vitale, le MISA a réalisé qu'il était essentiel de mettre de l'avant des stratégies complémentaires pour parvenir à ses fins.

L'assistance directe aux journalistes

La conclusion la plus importante à laquelle en sont arrivés les membres du MISA est qu'il faut améliorer l'assistance directe aux journalistes dont les droits ont été violés. « L'arrestation d'un journaliste constitue un événement dramatique , dit Zoé Titus. Les journalistes et leur famille doivent savoir qu'ils seront appuyés en cas de problème. » Même si le MISA a déjà fourni une assistance directe à certains journalistes, cela se faisait plutôt au cas par cas et non de façon systématique et organisée.

Le programme d'assistance directe aux journalistes, qui a vu le jour à la suite des deux ateliers consultatifs, comprend des mesures telles que les suivantes :
  • visiter les journalistes emprisonnés;
  • fournir une aide médicale en ayant recours aux fonds d'urgence;
  • fournir un service de consultation à la suite d'un traumatisme;
  • mobiliser des journalistes pour assister aux audiences en cour, en signe de solidarité;
  • offrir rapidement une aide juridique aux journalistes emprisonnés;
  • soutenir financièrement les familles des journalistes emprisonnés qui sont seuls à subvenir aux besoins de leur famille;
  • déterminer des lieux sûrs pour le séjour de journalistes en exil et aider financièrement les journalistes exilés.
En améliorant le soutien direct aux journalistes, le MISA vise à renforcer les actions déjà entreprises dans certains pays. Par exemple, un réseau d'avocats pour le droit des médias, dont les activités sont appuyées par le MISA-Zimbabwe, s'assure qu'un avocat sera disponible en moins d'une heure presque partout au pays lorsqu'un journaliste est arrêté ou détenu pour être interrogé. Les nombreux points du réseau de défense du MISA situés partout au pays permettent une aide juridique aussi rapide. Le MISA-Zimbabwe dispose également d'un fonds de défense juridique, qui paie le salaire des avocats et fournit les fonds nécessaires à la libération des journalistes. De tels fonds nationaux de défense juridique sont également gérés par les sections du MISA en Zambie et au Botswana. Le MISA reconnaît qu'il existe un besoin particulier de la part des journalistes du Malawi et du Swaziland et que le réseau d'aide juridique devrait s'étendre à ces deux pays.

Défense et lobbying

Le MISA prévoit déployer des efforts supplémentaires de défense et de lobbying pour réagir à certains enjeux prioritaires dans chaque pays, comme la levée de l'interdit de publication qui frappe le journal The Guardian au Swaziland et la réforme des lois sur la diffamation au Lesotho. Le MISA entend également exercer un lobbying actif auprès d'organismes humanitaires régionaux, nationaux et internationaux pour leur signifier l'urgence de la défense des droits des médias. Parmi les autres cibles que le MISA vise à atteindre par le lobbying, on note les ambassades de gouvernements africains, les ministères locaux des Affaires étrangères (dans le but de contester les politiques étrangères touchant les pays où se produisent des violations), les corps intergouvernementaux de la SADC et la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples.

Ce n'est pas la première fois que le MISA entreprend de telles démarches de défense et de lobbying. Par exemple, depuis un certain temps, le secrétariat régional finance différentes sections pour modifier ou révoquer certaines lois répressives sur les médias dans leur propre pays et pour demander de meilleures lois. En mars 2001, le MISA s'était déjà repositionné en tant qu'organisme de pression.

Ainsi, le MISA en est venu à mieux reconnaître l'importance du travail de défense des droits pour installer un climat favorable à la liberté d'expression, plutôt que de se limiter à réagir aux violations en publiant des alertes.

Par ailleurs, le rapport du consultant de l'Afrique australe a insisté sur le besoin d'accélérer les réformes juridiques. Le rapport incite les sections nationales à prioriser une ou deux lois dans le but de mettre en œuvre la réforme et de poser des gestes concrets en ce sens, comme l'embauche d'avocats et le lancement de contestations judiciaires, des gestes qui dépassent les simples efforts de sensibilisation du public.

Formation

Même si la formation ne constitue plus un aspect prioritaire du programme, le MISA reconnaît la valeur d'une formation « ciblée et liée à un programme » pour appuyer ses efforts de défense et de lobbying. Ainsi, par les aptitudes qu'elle développe chez les journalistes, la formation proactive permet aux journalistes d'éviter de se placer en situation difficile, et ce dès le départ.

Recherche

Les recommandations émises à l'issue des ateliers ont incité le MISA à ajouter un élément de recherche à sa campagne. Parmi les priorités de ces recherches, il y a notamment l'étude de cas de crimes impunis contre des journalistes. Il y a également la promotion d'une meilleure compréhension des institutions de l'Union africaine, du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), du Commonwealth et de l'Union européenne, et de la façon dont ces entités peuvent servir à promouvoir la liberté d'expression. Le MISA espère également démarrer un projet dont le but serait de déterminer si certaines cycles de violations de la liberté des médias peuvent servir de signal d'alarme précoce pour déceler les conflits qui émergent dans un pays.


Lancement de la campagne et activités de suivi

La campagne Journalists Under Fire de la SADC a été officiellement lancée le 3 mai 2003, soit la Journée mondiale de la liberté de la presse. Depuis lors, les actions ont largement ciblé le Zimbabwe, pays où les atteintes à la liberté d'expression ont été particulièrement nombreuses.

Tournée régionale d'information et de lobbying du MISA

Un exemple des efforts déployés par le MISA pour ajouter des activités de lobbying aux alertes que publie l'organisme a été sa réaction à la fermeture, le 12 septembre 2003, des journaux The Daily News et Daily News on Sunday. Le MISA estimait qu'une campagne de défense ciblée était nécessaire pour révéler la répression des médias au Zimbabwe. Le secrétariat régional a lancé une tournée de lobbying dans six pays de la SADC – le Botswana, le Malawi, la Namibie, l'Afrique du Sud, la Tanzanie et la Zambie – entre la fin de septembre et le début d'octobre 2003. « Ces pays ont été choisis en raison de leur importance stratégique au sein de la SADC et du potentiel qu'ils ont d'influencer positivement la situation des droits de la personne au Zimbabwe », affirme Zoé Titus.

La délégation zimbabwéenne comprenait plusieurs journalistes, éditeurs, membres du personnel du MISA, avocats des médias et activistes de la population civile. Les sections nationales du MISA ont joué un rôle critique dans cette initiative, ayant la responsabilité d'organiser les conférences de presse et les entrevues, les forums de discussion publique et les rencontres avec les organisations des médias, les clubs de la presse et les ministres. Parallèlement à ces activités, le secrétariat régional a coordonné la production de ressources documentaires sur papier et en ligne.

« Cette tournée régionale de publicité et de lobbying s'est révélée être l'un des grands succès du MISA en 2003 , déclare Zoé Titus. L'intérêt et la couverture qu'a reçus cette tournée à l'échelle régionale, nationale et internationale ont été très importants. L'expérience nous a beaucoup appris et nous avons l'intention d'y donner suite en organisant d'autres activités du même ordre. » (Pour plus de renseignements sur le lobbying auprès des gouvernements, se référer à l'étude de cas décrivant la mission de l'Institut international de la presse en Israël).

Activités des sections nationales

À ce jour, les sections du MISA en Zambie, en Tanzanie et au Zimbabwe ont activement mis en œuvre certains aspects de la campagne Journalists Under Fire de la SADC.

Le MISA-Tanzanie a rapporté un lancement de campagne très réussi le 3 mai 2003, qui a fait l'objet d'une grande couverture médiatique. En réaction à ce lancement et aux activités de lobbying de la section, le directeur des renseignements criminels a retiré toutes les accusations qui pesaient contre le journaliste indépendant John Maziku, qui faisait face à une accusation d'outrage au tribunal pour avoir présumément « insulté » le parlement en 2001.

Le MISA-Zambie continue d'offrir son appui financier aux membres qui sont aux prises avec des difficultés financières, par l'entremise des prêts du Threatened Media Fund. La section zambienne a fait l'acquisition d'une imprimante pour le journal privé The Monitor, dont les reportages ont su parfois provoquer la colère des autorités. Cette section a également aidé trois journalistes indépendants à installer un bureau à domicile en achetant des appareils photo et des ordinateurs.

Dans le cadre de la campagne Journalists Under Fire, le MISA-Zimbabwe a fourni une assistance aux journalistes du Daily News et du Daily News on Sunday en mettant à leur disposition des espaces de réunion, des équipements permettant l'échange de messages électroniques dans les bureaux du MISA-Zimbabwe, ainsi qu'une aide financière pour assumer les frais liés aux services juridiques. Le fonds d'urgence de la section a également servi à appuyer le journal hebdomadaire indépendant The Tribune par l'achat de trois ordinateurs, à la suite du vol de 20 ordinateurs dans les bureaux du journal.


Conclusion

En s'appuyant sur les découvertes faites lors des consultations menées auprès de journalistes et sur l'évaluation de ses activités, le MISA s'efforce de compléter la publication d'alertes par une série d'actions destinées à appuyer les journalistes. « En un mot, la campagne Journalists Under Fire de la SADC devrait être perçue comme procédant d'une nouvelle approche 'holistique' à la surveillance de la liberté de la presse et à la défense des droits des médias, dit Zoé Titus. Bien que le programme de surveillance des médias du MISA était à l'origine une initiative isolée, il s'inscrit désormais dans une stratégie plus vaste et proactive. »

La vision stratégique plus complète du MISA constitue un exemple précieux d'un organisme qui se dote de nouveaux moyens pour défendre la liberté d'expression qui vont au-delà de la publication d'alertes.

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