Les alertes de l’IFEX

Quinze étapes vers la conception d’alertes efficaces


1. Établir l’authenticité du cas

Les alertes qui sont des impostures, qui sont confuses ou de piètre tenue voyagent aussi vite que les vraies. Ne faites pas aux alertes une mauvaise réputation. Veuillez donc inclure des indications claires sur l’organisation qui parraine et donner au lecteur plusieurs moyens de vous retrouver – adresses électroniques, adresse postale, adresse de site web, numéro de téléphone, etc. Il n’est que logique d’inclure toutes ces précisions pour vous joindre, puisque vous voulez que les gens adhèrent à votre mouvement; ils doivent donc établir le contact avec vous.

Les alertes de l’IFEX indiquent toujours très clairement l’organisation membre du réseau d’où elles viennent et suivent un format et une structure standardisées, que les abonnés peuvent identifier immédiatement comme un produit “IFEX”.

2. Indiquer la date

Même si une alerte semble dépassée ou s’être estompée, elle peut rester dans la boîte aux lettres pendant des mois, voire des années, puis acquièrent soudainement une nouvelle vie quand le propriétaire de la boîte aux lettres la réachemine vers un nouvel ensemble de listes. Ne comptez pas sur l’en-tête du message pour faire connaître la date (ni quoi que ce soit d’autre); il arrive fréquemment que les gens qui réacheminent les messages sur Internet éliminent l’en-tête. Mieux, donnez à l’action que vous recommandez une date d’échéance très claire, par ex. “Prenez cette mesure jusqu’au 17 février 2009”. Si vous pensez que des actions suivront ou si vous voulez que l’on sache que l’action s’inscrit dans une campagne en cours, dites-le. Ainsi, les gens communiqueront avec vous ou attendront votre prochaine alerte.

En vertu du même principe, nous demandons aussi aux organisations membres, lorsqu’elles assemblent des alertes pour le réseau de l’IFEX, d’ajouter les dates dans le corps des alertes. Il faut donc remplacer des morts comme “aujourd’hui”, “hier” ou “la semaine dernière” par la date précise auxquels ils font allusion. L’auditoire des alertes de l’IFEX étant international par nature, c’est là une méthode de plus pour éviter toute ambiguïté ou toute confusion dans la communication des faits qui entourent un cas.

3. Indiquer clairement le début et la fin du texte

Vous ne pouvez empêcher les gens de modifier votre alerte au passage lorsqu’ils la retransmettent. Cela ne se produit heureusement que par accident, les observations s’accumulant au début et à la fin du message, à mesure qu’il est réacheminé. Au début et à la fin de votre alerte, mettez une rangée de points en gras ou quelque chose de semblable pour bien identifier le matériel supplémentaire. Vous indiquez ainsi très clairement ce que vous et votre crédibilité défendez.

4. Rendre l’alerte complète en elle-même

Ne présumez pas que votre auditoire connaît le contexte au delà de ce que les gens reçoivent dans les nouvelles. Votre alerte sera lue probablement par des gens qui n’ont jamais entendu parler de vous ni de ce que vous défendez. Veuillez donc définir qui vous êtes et fournir beaucoup de renseignements d’arrière-plan, ou du moins quelques instructions simples pour obtenir des renseignements utiles. Vous pouvez envisager d’envoyer par courrier électronique des alertes relativement courtes et inclure l’adresse d’une page web où se trouvent toutes les précisions voulues. Votre auditoire le plus important se compose de personnes sympathiques à votre cause et qui veulent en savoir plus avant d’entreprendre une action. Rédigez votre alerte en ayant à l’esprit ce type de lecteur, qui n’est ni le spécialiste de ces causes, ni l’étranger apathique.

Lorsqu’il prépare une alerte pour la distribuer sur le réseau de l’IFEX, le Secrétariat demande aux groupes membres de fournir le nom des organisations et des mouvements politiques en plus des sigles ou acronymes. La plupart du temps, l’acronyme ne peut fournir à lui seul suffisamment de contexte à l’auditoire qui se trouve au delà des frontières du pays ou de la région d’où vient un cas documenté. Lorsque manque cette information, les coordonnateurs des alertes du Secrétariat font tout ce qu’ils peuvent pour trouver l’information complète afin de l’inclure dans l’alerte, mais cela ne fait qu’ajouter une étape à une démarche déjà fastidieuse. C’est pourquoi nous demandons aux membres de l’IFEX de nous aider en apportant les informations les plus complètes possibles.

Par ailleurs, lorsqu’on prépare une alerte sur un cas déjà documenté, il convient de revoir les alertes précédentes distribuées sur le réseau de l’IFEX pour savoir ce qui a déjà été écrit, et d’inclure dans l’alerte une section “rappel des faits” offrant une chronologie sommaire et à jour du cas. Ainsi non seulement nous nous assurons que l’alerte est complète en elle-même, mais nous nous assurons que tous les membres de l’IFEX sont sur la même longueur d’ondes quant aux faits entourant un cas, et donc nous évitons les contradictions et les malentendus.

5. L’alerte doit être facile à comprendre et facile à lire

Il est essentiel de commencer par une manchette claire, qui accroche en résumant la question et l’action recommandée. On utilise un langage clair et on évite le jargon. Attention à l’orthographe. Faire des phrases courtes, employer une grammaire simple et un vocabulaire non sexiste. Choisir des mots qui sont compris dans le monde entier, non pas seulement dans votre propre pays et par votre culture. Faites évaluer votre ébauche avant de l’envoyer.

Employez une disposition simple, claire et aérée. Pas de longs paragraphes. Servez-vous des puces et des têtes de sections pour éviter la monotonie visuelle. Si votre organisation prévoit envoyer régulièrement des alertes, employez un design distinctif pour que tout le monde vous reconnaisse instantanément grâce à votre “marque de commerce”. Vous devriez vous conformer à des critères de formatage stricts.

6. Ne donner que les faits

Votre message fait le tour du monde, alors il vaut mieux vérifier deux fois. Les erreurs peuvent être désastreuses. Même mineure, une erreur peut faciliter pour vos adversaires le rejet de vos alertes comme de simples “rumeurs”. Quand vous constatez une erreur, il devient difficile d’émettre un correctif, parce que celui-ci n’est probablement pas réacheminé vers chaque destinataire qui a reçu le premier message.

(REMARQUE: Le réseau de l’IFEX fait suivre les corrections aux alertes, même si nous admettons l’efficacité limitée de cette pratique et acceptons qu’elle ne constitue qu’une solution limitée au problème du maintien d’une crédibilité parfaite.)

7. Commencer par se demander si on veut que l’alerte circule

Si vos alertes portent sur des questions extrêmement délicates, par exemple le statut de prisonniers politiques identifiés nommément, vous voulez probablement savoir exactement qui reçoit vos avis, et comment, et dans quel contexte. Dans ce cas, veuillez inclure un avis nettement visible par lequel vous interdisez aux destinataires de l’alerte de la faire suivre (c.-à-d. que vous pouvez décider de distribuer les informations délicates sous forme d’alerte interne, d’appel, de requête de l’IFEX, etc.).

8. Attention aux alertes de deuxième main

Bien qu’il soit rare que quelqu’un modifie le texte de votre alerte, il arrive parfois que des gens envoient étourdiment la paraphrase d’une alerte, peut-être fondée sur quelque chose qu’ils ont entendu. Ces alertes de deuxième main contiennent habituellement des exagérations et autres inexactitudes factuelles. Le résultat, c’est qu’on peut facilement s’en servir pour discréditer votre alerte. Si donc vous apercevez des variantes inexactes de votre alerte, vous devez avertir immédiatement les listes de courrier concernées de l’existence de ces alertes de deuxième main. Expliquez clairement les faits, priez la communauté de ne pas faire circuler les alertes trompeuses et donnez des indicateurs des informations exactes, dont une copie de votre propre alerte. Cette façon de faire offre deux avantages: d’abord, elle peut aider à supprimer les rapports erronés; ensuite, elle vous situe comme personne responsable, soucieuse de la vérité.

9. Lancer un mouvement, pas un vent de panique

Ne dites pas “faites parvenir à tous ceux que vous connaissez”. N’exagérez en rien. N’adoptez pas un ton désespéré. Ne dites pas “S’il vous plaît, agissez MAINTENANT!!!”. Ne hurlez pas à l’urgence d’ameuter tout le monde à propos de votre question. Vous n’essayez pas de vous adresser à “tout le monde” mais plutôt à un groupe ciblé de personnes enclines à se préoccuper de la question. Et si le temps est vraiment d’une importance critique pour la question, expliquez pourquoi, en langage sobre. Ne soyez pas obsédé par la situation immédiate. Votre message peut contribuer à éviter une calamité à court terme, mais il devrait aussi contribuer, à beaucoup plus long terme, à l’édification d’un mouvement social. Le fait de ne pas perdre de vue le contexte beaucoup plus étendu vous empêchera, vous et vos lecteurs, de perdre espoir lorsque vous perdez la bataille immédiate.

10. Éviter tout discours conflictuel

Il faut éviter les affirmations non fondées et les hypothèses vagues: elles peuvent causer davantage de mal que de bien à la victime et nuire à la crédibilité de l’information transmise. Chaque fois que la chose est nécessaire, dans le contexte d’appels urgents, les membres de l’IFEX mentionnent les points essentiels des traités internationaux signés ou ratifiés par l’État responsable de la violation rapportée, par exemple l’Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP), la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, les dispositions de la Constitution du pays concernant la liberté d'expression, etc.

Évitez en outre de recourir à des sources anonymes quand vous préparez une alerte. Tâchez toujours de vous assurer qu’une déclaration ou un point de vue exprimé, que vous incluez dans le texte de votre alerte, peut être attribué à une source crédible. Identifiez cette source de façon explicite. Cette mesure s’avère particulièrement importante dans les cas de déclarations politiques ou potentiellement litigieuses.

11. Pas de chaînes de lettres

Une pétition sous forme de chaîne de lettres est une alerte qui comporte une liste de noms à la fin; elle invite les gens à ajouter leur nom à la liste, à envoyer la pétition si leur nom est au 30e ou au 60e rang, etc., et à faire suivre l’alerte avec la liste de signatures qui en résulte à tous ceux qu’ils connaissent. En théorie, c’est une excellente idée, mais qui ne marche pas dans la réalité. Le problème, c’est que la plupart des signatures n’arrivent jamais à destination parce que la chaîne avorte avant d’avoir atteint le quantième du mois ou le multiple en question. Pis, une petite proportion des signatures atterrit plusieurs fois au bureau du législateur, ce qui ennuie le personnel et le convainc d’avoir affaire à un mouvement incompétent et irresponsable.

Chaque alerte de l’IFEX est ciblée vers une liste précise de membres et d’abonnés. On espère que les gens ne sont pas débordés par le nombre des alertes, qui souvent peut atteindre la cinquantaine et plus par semaine, et venus de toutes les régions du monde. Il est utile d’avoir des listes ciblées selon un certain nombre de critères, notamment le pays, le continent, la profession, le type de violation de la liberté d'expression, etc.

12. Ne pas trop en mettre

Les alertes pourraient devenir aussi encombrantes que la publicité directe par la poste. Reportez ce jour funeste en choisissant vos combats et en ajoutant à votre message d’alerte des informations utiles, qui suscitent la réflexion. Si vous devez envoyer des alertes multiples sur une même question, assurez-vous que chaque alerte est facile à distinguer des autres et donnez des renseignements neufs et utiles.

13. Insister pour que les gens vous informent de leurs actions

Si vous demandez aux gens d’envoyer par télécopieur une lettre au bureau d’un certain fonctionnaire du gouvernement, par exemple, vous devriez donner une adresse électronique et les inviter à vous envoyer un bref message. Expliquez que vous allez utiliser ces messages pour compter le nombre d’appels que votre alerte a entraîné, et que ces informations sont très précieuses lorsque vous vous adressez au personnel d’un législateur. Vous ne devez agir de la sorte que si le serveur de votre courrier est capable de traiter 50 000 messages en peu de temps. Il est recommandé de vérifier auparavant auprès de votre fournisseur d’accès à Internet.

REMARQUE: Voilà quelque chose que nous ne faisons pas au Secrétariat de l’IFEX à cause du volume et des limites du serveur, même si nous en reconnaissons l’importance, comme nous reconnaissons la nécessité d’avoir plus de rétroaction de la part des membres et des abonnés. En fait, il reste difficile de déterminer avec une clarté absolue les répercussions d’une alerte, les réactions des rédacteurs des lettres demeurant aléatoires.

14. Ne confondez pas courrier électronique et organisation

Une alerte n’est pas une organisation. Si vous voulez construire un mouvement politique durable, à un certain point vous allez devoir rassembler les gens, les faire se rencontrer. L’Internet est un outil d’organisation utile, mais ce n’est qu’un outil et qu’un moyen de communication parmi les nombreux autres dont vous aurez besoin; vous devriez l’évaluer surtout en fonction de sa contribution à des objectifs d’organisation plus vastes. Les gens que vous joignez par les alertes sur Internet deviennent-ils plus actifs dans votre mouvement? Viennent-ils à des conférences, leur parlez-vous au téléphone, les rencontrez-vous en personne, comptent-ils sur vous pour leur fournir des informations précises et répondre à leurs questions? Dans la négative, pourquoi continuez-vous à communiquer avec eux?

15. (optionnel) Demander au lecteur d’entreprendre une action simple, définie clairement et choisie de manière rationnelle

Vous pourriez par exemple demander aux gens de communiquer avec leurs élus et leur demander d’exprimer un point de vue sur la question. Dans ce cas, vous devriez fournir un moyen de trouver et d’indiquer le nom et le numéro de téléphone de l’élu, et expliquer comment baliser la conversation: ce qu’il faut dire, comment répondre à certaines questions probables, etc. Décidez si vous voulez qu’on envoie des messages électroniques (dont le nombre peut être immense, et l’effet, presque nul), des lettres écrites à expédier par télécopieur ou par courrier ordinaire (moins nombreuses mais plus efficaces), ou des appels téléphoniques (qui tombent à peu près entre les deux). Examinez aussi d’autres options: il se peut que le seul but de votre alerte soit d’obtenir des contacts d’un nombre déterminé de militants, des informations, ou encore de constituer une nouvelle liste d’envoi en vue d’actions à venir.

Prenez en outre le temps de bien évaluer l’élu ou la personne en position d’autorité que vous voulez cibler. Au lieu de donner une longue liste de contacts à des autorités susceptibles ou non d’aider dans un cas donné, évaluez au cas par cas la personne ou le bureau avec lequel il convient de communiquer. Orienter l’auditoire dans la bonne direction constitue en effet une étape préliminaire pour vous assurer que votre alerte aura le maximum de répercussions. Vous devez d’abord orienter votre auditoire dans la bonne direction pour que votre alerte ait le maximum de portée.



RÉFÉRENCES

D’après Designing Effective Action Alerts for the Internet, de Phil Agre Department of Information Studies, University of California, Los Angeles, California 90095-1520, USA, pagre@ucla.edu, http://dlis.gseis.ucla.edu/pagre, version du 24 avril 1999.
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