Combien ?: La méthodologie derrière le décompte des journalistes tués

Sommaire


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Introduction


Ensemble, les membres de l'IFEX possèdent une grande expérience du recensement des journalistes tués dans le monde. Certains membres de l'IFEX compilent ces données depuis une décennie ou plus, et ce faisant, ont établi des liens étroits avec des sources locales et les autorités qui leur permettent aujourd'hui d'établir avec une plus grande précision le motif de l'assassinat d'un journaliste. Cependant, la compilation de ces statistiques n'est pas une science exacte; cet exercice est nécessairement tributaire du manque d'information en provenance d'une région particulière due à la répression, la peur et l'autocensure. En dépit de ces limitations, les membres conviennent que les recensements sont importants, car ils permettent d'identifier les tendances, de mettre en évidence les risques d'une région donnée et contribuent aux efforts de sensibilisation sur cette question.

Pour mieux comprendre ce que recouvrent ces chiffres, le Secrétariat de l'IFEX a mené une étude sur les méthodologies et les critères retenus par les membres pour recenser les journalistes assassinés. Tous les membres interrogés publient leurs statistiques sous forme de bilan annuel qui identifie les caractéristiques récurrentes et rappel les gouvernements à leurs responsabilités. Nombreux sont les membres de l'IFEX qui publient également des alertes tout au long de l'année dès que l'information sur la mort d'un journaliste est reçue. Ces alertes attirent l'attention sur les meurtres dans les plus brefs délais, même si le motif est mal connu, et sont utilisées pour faire pression afin qu'une enquête rapide et approfondie soit menée. Cependant, les informations supplémentaires obtenues après la diffusion de l'alerte peuvent révéler que le motif de l'attaque était étranger à la profession de l'individu.


Expliquer les variations dans les recensements 1 : Qui est et qui n'est pas recensé?

Les variations dans les décomptes s'expliquent en partie par le fait que chaque membre traite les collaborateurs des médias différemment. De plus, certains membres de l'IFEX ont réagi à cette réalité changeante en élargissant leur définition de la catégorie professionnelle des médias ou même en créant une nouvelle catégorie pour les collaborateurs des médias.


Expliquer les variations dans les recensements 2 : Considérer les circonstances de la mort du journaliste


Expliquer les variations dans les recensements 3: Déterminer les motifs de l'assassinat

Il est souvent difficile d'établir avec certitude un lien entre la liberté d'expression et un meurtre. Le véritable motif peut échapper aux autorités, et les témoins peuvent ne pas être fiables ou préférer se taire par peur de représailles. De nombreux cas d'assassinat de journalistes restent non résolus, même des années après les faits.

Les membres de l'IFEX interrogés ont déclaré examiner l'évolution de chaque cas régulièrement, selon les ressources disponibles, avec toutefois un peu plus de vigueur avant la publication de leurs rapports périodiques ou annuels. Après enquête, les meurtres peuvent être divisés en trois catégories distinctes:
A. Les affaires qui peuvent être écartées, car elles n'ont pas de lien avec la liberté d'expression : la personne a été assassinée pour des raisons étrangères à leur profession, par des criminels ordinaires, etc.;
B. Toutes les autres affaires qui tombent dans la zone grise : Les affaires dont le lien avec la liberté d'expression n'est pas clairement établi, mais le manque d'informations ne permet pas de se prononcer catégoriquement; et
C. les affaires qui semblent avoir un lien avec la liberté d'expression et qui peut être établi avec un certain degré de certitude.

Les variations dans les recensements peuvent s'expliquer dans une large mesure par la façon dont les membres de l'IFEX traitent les cas où la relation avec la liberté d'expression ne peut être établie avec une certitude absolue. Certains groupes excluent ces affaires de leur décompte jusqu'à ce qu'un lien avec la liberté d'expression soit clairement établi, tandis que d'autres les incluent jusqu'à ce que le lien avec la liberté d'expression soit définitivement écarté.

Cliquez ici : Rapport de synthèse : Projet sur les méthodologies employées dans le recensement des journalistes tués (décembre 2011)
JournalistsKilledSUMMARYDec2011_FRA.pdf (426 KB)



Étude de cas par pays


Mexique
Le Mexique est devenu le pays le plus dangereux des Amériques pour les journalistes. Plusieurs groupes ont insisté sur le caractère horrifique des meurtres qui caractérisent cette région ou les victimes sont souvent mutilées et décapitées. Ces tactiques, conjuguées à l'incapacité des autorités à arrêter les agresseurs, peuvent avoir un impact direct sur les recensements des journalistes tués, car les journalistes ont de plus en plus recours à l'autocensure et par conséquent, de nombreux cas ne sont jamais rapportés.

Les membres de ce pays ont insisté sur le nombre important de vendeurs de journaux et de distributeurs qui sont ciblés en raison du contenu des journaux. Ils ont également précisé que chaque décès accidentel (ou apparemment accidentel) devait être examiné avec soin, car les attaques à motivation politique au Mexique sont souvent déguisées en délit de droit commun. Certains membres de l'IFEX ont indiqué qu'il devient de plus en plus difficile de démêler les faits et de définir le motif du meurtre, en particulier dans les affaires liées aux cartels de la drogue.

Les Philippines
La plupart des journalistes et des professionnels des médias tués dans l'exercice de leurs fonctions sont basés dans les provinces. En raison de la faiblesse des salaires et de la précarité qui caractérise l'exercice du journalisme dans ce pays, les journalistes sont plus vulnérables aux pots de vin, et parfois franchissent la ligne qui sépare le travail journalistique du monde politique. La décision d'inclure une personne sur la liste des journalistes tués dépend notamment de savoir si un individu vivait principalement du journalisme et de sa réputation au sein de la communauté journalistique. Les variations observées dans le recensement effectué par les membres de l'IFEX semblent provenir d'une part de la définition donnée au terme de professionnels des médias, et d'autre part de la façon dont chaque groupe traite les affaires non confirmées.

Russie
De nombreux meurtres qui se déroulent en dehors des grands centres urbains ne sont pas signalés et ils ne le seront peut-être jamais. En Outre, la majorité des crimes ne font pas l'objet d'enquêtes policières sérieuses. Tous les membres nationaux excluent certaines catégories de professionnels des médias dans leur liste, tels que les guides-interprètes ou les chauffeurs. Néanmoins, leur bilan annuel a tendance à être plus élevé que chez les autres membres de l'IFEX du fait que les deux groupes incluent les décès accidentels dans leurs listes.



CONTEXTE


En 2009, le Secrétariat a reçu l'ordre de mener une étude sur les méthodologies et les critères retenus par les membres de l'IFEX pour recenser les journalistes assassinés. Le rapport final, ci-joint, présente les conclusions de cette étude.

Le Secrétariat de l'IFEX se voyait parfois questionner sur les variations dans le recensement des journalistes assassinés reporté dans son bilan annuel. Ce rapport explique pourquoi ces variations sont une conséquence naturelle des énoncés de mission et des différentes méthodologies employées par ses membres.

Alors que l'attention concernant le recensement des journalistes tués est souvent placée sur les statistiques internationales, le Secrétariat de l'IFEX a estimé qu'il était important d'inclure des études de cas nationales sur le Mexique, les Philippines et la Russie pour refléter la diversité des membres de l'IFEX. Les entrevues se sont déroulées avec les membres cités sur une période de cinq mois à partir de septembre 2010.

International :
  • Committee to Protect Journalists (CPJ)

  • Fédération internationale des journalistes (FIJ)
  • International Press Institute (IPI)
  • Reporters Sans Frontières (RSF)
  • World Association of Newspapers and News Publishers (WAN-IFRA )
  • Writers in Prison Committee, PEN International

    Sur le Mexique :
  • ARTICLE 19 bureau du Mexique (En collaboation avec Centro Nacional de Comunicación Social, CENCOS)
    Ancien membre de l'IFEX Centro de Periodismo y Ética Pública (CEPET)
  • Inter American Press Association (IAPA)

    Sur les Philippines :
  • Center for Media Freedom in the Philippines (CMFR)

    Sur la Russie :
  • Center for Journalism in Extreme Situations (CJES) and Glasnost Defence Foundation (GDF)
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