Tournées de conférences

Étude de cas : Droits et Démocratie et la tournée annuelle du Prix John Humphrey pour la liberté


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Contexte

Le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, désormais connu sous le nom de Droits et Démocratie, a été créé par le Parlement du Canada en 1988 pour encourager et appuyer la coopération entre le Canada et d’autres pays dans le développement, la promotion et le renforcement des institutions et des pratiques démocratiques dans le monde entier.

Chaque année depuis1992, Droits et Démocratie présente le Prix John Humphrey pour la liberté, qui vise à récompenser les contributions extraordinaires à la promotion et à la défense des droits de la personne et du développement démocratique. Le prix consiste en une bourse de 25 000 $CAN (soit environ 19 000 $US.) et en une tournée de conférences à travers les principales villes canadiennes pour présenter le travail humanitaire du récipiendaire. Le prix a été nommé en l’honneur de John Peters Humphrey, le professeur de droit canadien spécialisé en droits de la personne qui a participé à la rédaction de la première version de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour plus de renseignements, voir Droits et Démocratie.




En 2003, Droits et Démocratie a organisé une tournée de conférences pancanadienne en l’honneur des deux récipiendaires du Prix John Humphrey pour la liberté, Kimy Pernia Domicó, un chef indien colombien disparu, et Angelica Mendoza de Ascarza, une Péruvienne militant au nom des personnes disparues. Martha Cecilia Domicó a reçu le prix au nom de son père et a participé à la tournée.

La tournée s’est concentrée sur les effets désastreux des disparitions forcées, expérience qui a directement touché les deux lauréats. Les droits des peuples autochtones constituaient l’autre thème de cette tournée, qui avait lieu à la toute fin de la Décennie internationale des populations autochtones. La tournée a mis en lumière la question des disparitions forcées, une question importante au cours des années 1980, mais qui depuis reçoit peu d’attention de la part des médias et du public.

Une tournée de conférences fait partie intégrante du Prix John Humphrey pour la liberté depuis sa création. Traditionnellement, Droits et Démocratie présente le prix lors d’une cérémonie qui coïncide avec la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre. Les objectifs du prix sont les suivants :Avec les années, la cérémonie de remise des prix et la tournée de conférences ont également permis d’accroître la visibilité du travail de Droits et Démocratie sur la scène internationale. Les gagnants ont ainsi pu s’exprimer devant de nouveaux auditoires, incluant des ONG locaux, des universitaires, des étudiants, des dirigeants clés des domaines de l’aide et des affaires étrangères, des membres du Parlement du Canada, des ministres du gouvernement et, dans certains cas, ils se sont exprimés devant le premier ministre du Canada. Le mandat de Droits et Démocratie étant international, le Prix John Humphrey pour la liberté constitue son principal événement de sensibilisation au Canada.


Planification de la tournée

Chaque année, Droits et Démocratie lance un appel de candidatures en mars, avec une échéance fixée à la fin du mois d’avril. Plus de 3 000 partenaires reçoivent le dépliant de l’appel de candidatures ou sa version électronique, disponible en ligne. Droits et Démocratie reçoit entre 80 et 100 mises en candidature chaque année. Un jury international, composé de cinq membres de son conseil d’administration, choisit un gagnant au début du mois de juin, date qui coïncide avec la réunion du conseil d’administration de l’organisation. « L’un de nos objectifs consiste à appuyer et à aider ceux et celles qui risquent leur vie dans la défense et la promotion des droits de la personne », dit Anyle Côté, l’agente chargée des événements spéciaux et des publications pour Droits et Démocratie et qui est aussi chargée du Prix John Humphrey pour la liberté. « Le jury favorise donc ceux et celles qui œuvrent en première ligne, dans des conditions hostiles », ajoute-t-elle.

Une fois le choix du candidat gagnant arrêté, la planification débute rapidement. Droits et Démocratie contacte le lauréat et publie un communiqué de presse. Les dates de la tournée sont habituellement fixées durant la première moitié de décembre, pour coïncider avec la Journée des droits de l’homme et la cérémonie officielle de remise des prix. « Ces dernières années, la mauvaise météo, les annulations de vols et le grand nombre d’événements simultanés pendant la période des Fêtes ont rendu très difficile l’établissement d’un échéancier. Pour cette raison, nous faisons tout pour débuter la tournée avant la cérémonie de remise des prix du 10 décembre », indique Mme Côté.

Auparavant, la cérémonie avait lieu à Montréal, où Droits et Démocratie a son siège social, mais dans le but d’augmenter la visibilité de l’organisation auprès des parlementaires, des ministères clés et des décideurs, l’organisation a choisi d’organiser sa cérémonie de 2003 dans la capitale du pays, Ottawa.

« Nous devons adapter les cérémonies et les tournées à la personnalité, aux messages et à la volonté des récipiendaires de participer à la tournée de conférences », indique Mme Côté. Lorsque l’organisation a décidé du message clé et de la stratégie à adopter, elle informe ses organisations partenaires à travers le Canada – ONG, universités et associations – au sujet de la tournée à venir et du lauréat. L’organisation demande également à certains partenaires clés s’ils désirent organiser un événement en collaboration avec Droits et Démocratie ou, dans certains cas, devenir l’hôte d’un événement auquel participe le lauréat.

Le choix des villes canadiennes qui seront visitées lors de la tournée dépend du niveau d’intérêt manifesté dans chaque ville envers la cause du lauréat, de la présence de communautés de personnes issues du même pays que le lauréat et de la présence de partenaires qui se montrent intéressés à accueillir un événement ou à en organiser un en collaboration avec Droits et Démocratie.

« Au cours des dernières années, nous avons réalisé que les tournées étaient épuisantes pour les lauréats – trop de villes visitées en trop peu de temps, dit Mme Côté. Nous avons donc tenté, l’année dernière, de limiter le nombre des villes que nous visitons. » À l’avenir, le but sera de visiter cinq villes, tout au plus.

Droits et Démocratie tente également de visiter d’autres villes que Montréal, Ottawa et Toronto – les principales villes du centre du Canada. Si une année la tournée s’arrête dans le centre du Canada et dans les provinces Maritimes (à l’est), alors les villes visitées l’année suivante seront celles de la Colombie-Britannique et des Prairies dans l’ouest du pays.

Une fois les villes choisies par l’organisation, cette dernière commence à planifier les événements avec ses partenaires. Puis, au cours des mois suivants, une ébauche de calendrier de tournée est rédigé.


Ressources de la campagne

De 1998 à 2003, le budget moyen consacré au prix et à la tournée était de 65 000 $CAN (soit environ 49 000 $US), ce qui couvre tous les frais connexes, incluant :Puisque le prix fait partie de la programmation régulière de Droits et Démocratie, l’organisme n’entreprend aucune autre campagne de financement comme telle. En travaillant avec ses partenaires dans chacune des villes visitées, Droits et Démocratie parvient à réduire les coûts associés au soutien logistique, à la promotion et à la planification d’événements.

L’agente responsable des événements spéciaux et des publications pour Droits et Démocratie coordonne la remise du prix et la tournée. Au besoin, un employé est embauché à contrat pour aider à l’organisation logistique de la tournée. Les deux agents des relations extérieures de Droits et Démocratie participent à la planification et à la mise en œuvre de la stratégie des communications. Les agents de programmes chargés du domaine thématique et de la région géographique du lauréat participent également à la planification et à la tournée même. Des rencontres régulières permettent de discuter de questions allant des priorités en matière de communication aux problèmes logistiques et politiques.


Défis

« Les difficultés auxquelles nous faisons face varient en fonction de la personne qui gagne le prix. Cela va des sérieux problèmes de sécurité à des questions plus pratiques comme les différences linguistiques », dit Mme Côté. Avec deux lauréats en 2003, les difficultés ont été nombreuses.

La sécurité et l’arrivée soudaine de l’argent du prix

Le cas de Martha Cecilia Domicó, qui a accepté la bourse au nom de son père, a obligé Droits et Démocratie à voir à ce que sa sécurité soit assurée après son retour chez elle. « Notre plus grande inquiétude était que l’argent du prix mettrait Martha en danger à son retour dans une zone instable de la Colombie, où s’activent des groupes paramilitaires », dit Mme Côté. Par le biais de communiqués de presse, l’ambassade canadienne en Colombie et ses partenaires colombiens, Droits et Démocratie a tout fait pour rendre publique l’information selon laquelle l’argent du prix serait placé dans un fonds destiné au peuple Emberá-Katío, qui est administré à partir du Canada par Droits et Démocratie.

Au-delà des problèmes de sécurité associés au cas de Mme Domicó, il importe de considérer les conséquences de l’apparition soudaine d’une somme de 25 000 $CAN au sein d’un groupe ou d’une communauté. « La gestion d’une telle somme peut représenter un défi dans certaines circonstances », note Mme Côté.

Traduction

« L’autre grande difficulté était que ni Martha Cecilia Domicó ni Angelica Mendoza ne parlaient le français ou l’anglais, les deux langues officielles au Canada », dit Mme Côté. Il fallait offrir un service de traduction lors de chacune des présentations, service fourni par des membres du personnel de Droits et Démocratie parlant espagnol ou des interprètes professionnels. Une autre difficulté était que Mme Mendoza parlait seulement le quechua et avait besoin d’une traduction supplémentaire, fournie par une personne qui l’accompagnait du Pérou.

Susciter l’intérêt des médias

La question de la langue rend parfois difficile, voir impossible, la couverture médiatique. À toutes fins utiles, la radio et la télévision étaient exclues, laissant à Droits et Démocratie la seule option des médias imprimés.

« Les deux gagnants ne suscitaient pas le même intérêt auprès des médias, pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec les personnes elles-mêmes », dit Mme Côté. Par exemple, plusieurs journalistes considèrent que pour les Canadiens, le Pérou est moins intéressant que la Colombie. « Ce traitement inégal diluait l’attention que chacun des récipiendaires méritait pour sa lutte particulière », ajoute Mme Côté.

L’intérêt des médias varie également année après année, ce qui complique encore davantage les choses. Une étude de cinq ans portant sur la couverture médiatique des activités de Droits et Démocratie entre 1998 et 2003 a montré que la couverture médiatique allait de « raisonnable » la plupart du temps, à « exceptionnelle » en 2002, lorsque la récipiendaire, Dre Sima Samar, a été choisie pour occuper un poste dans le cabinet du nouveau gouvernement afghan pendant sa visite. L’article énonçait ce qui suit :
Le choix des récipiendaires influence grandement le niveau de sensibilisation que Droits et Démocratie suscite au Canada par le biais de rencontres publiques et la couverture médiatique. Il y a le désir manifeste d’accorder un prix pour reconnaître une situation oubliée dans laquelle les droits de la personne sont bafoués, tout en sachant que l’actualité de la question et la réputation des lauréats influence l’opinion publique.
« Dans les cas où le lauréat n’est pas bien connu ou que son pays ne fait pas souvent les manchettes, il est plus difficile de susciter l’intérêt du public et des médias », affirme Mme Côté.


Impact

La tournée et la cérémonie de remise du prix

L’évaluation interne que Droits et Démocratie a faite de la tournée de 2003 a révélé que même si l’horaire était très chargé, la stratégie – qui prévoyait un événement public dans chacune des villes visitées, des rencontres informelles avec des communautés aborigènes ou des groupes locaux colombiens et/ou péruviens, ainsi que des entrevues dans les médias – semblait avoir réussi à « étendre le réseau des partenariats et à améliorer le profil de Droits et Démocratie ».

« En ce qui concerne la cérémonie de remise des prix à Ottawa, tous s’entendent pour dire qu’elle était très réussie », dit Mme Côté. Plus de 200 personnes y ont asisté, bien que le Parlement n’était pas en session et qu’il s’agissait de la première fois que le prix était remis à Ottawa.

Des lettres avaient été préparées pour inviter les personnes présentes à appuyer la cause des lauréats. Le contenu de ces lettres avait été rédigé par Droits et Démocratie en tenant compte des recommandations des lauréats quant à ce qu’ils souhaitaient voir accompli par leur propre gouvernement et par le gouvernement canadien. « Même si le nombre de lettres signées était modeste, l’initiative a contribué à nos efforts visant à faire valoir l’importance de ce dossier auprès des représentants du gouvernement, notamment le ministre canadien des Affaires étrangères », dit Mme Côté.

Couverture médiatique

« La couverture médiatique de l’événement a, dans l’ensemble, été très satisfaisante », indique Mme Côté, bien qu’il ait été difficile de susciter l’intérêt des médias puisque les gagnants ne parlaient ni français ni anglais. En dépit du fait que peu de journaux ont couvert la tournée, des articles ont été publiés dans certains journaux canadiens importants, comme The Globe & Mail, le Ottawa Citizen et le Edmonton Journal. Les médias internationaux se sont intéressés à l’événement par l’entremise d’EFE, la première agence de presse mondiale en langue espagnole. La couverture médiatique locale a été assurée par Radio Canada International et le Aboriginal Peoples’ Television Network (le réseau de télévision des peuples autochtones).

Avantages pour les gagnants et leur lutte

La tournée canadienne a également eu des effets positifs pour les récipiendaires, notamment :Droits et Démocratie prévoit continuer de suivre de près l’évolution de la situation au Pérou et en Colombie et de fournir tout l’appui nécessaire aux lauréats.

Informer le public

La tournée de 2003 a également permis d’informer le public à travers le Canada au sujet des disparitions et des luttes que doivent mener les populations autochtones sud-américaines. « Puisque l’objectif du Prix John Humphrey pour la liberté est de sensibiliser le public à la lutte pour les droits de la personne que mènent les lauréats du Prix, nous pouvons affirmer que cet objectif a été atteint, malgré le problème posé par les différences linguistiques », dit Mme Côté. Un numéro spécial du bulletin électronique Libertas de Droits et Démocratie consacré aux disparitions a également contribué à sensibiliser le public.

La revue quinquennale de Droits et Démocratie a mis en lumière de tels avantages pédagogiques dans les années passées. Des entrevues avec des organisateurs dans les différentes villes visitées ont indiqué que la présence des lauréats permettait de « mettre un visage sur des causes parfois abstraites et de contrer les préjugés médiatiques pour montrer que des personnes courageuses faisaient face à leurs propres problèmes dans le Sud ».