16 novembre 1999

LES VIOLATIONS DE LA LIBERTÉ D?EXPRESSION SE POURSUIVENT


En dépit du retour à la démocratie depuis neuf ans, le gouvernement chilien continue de violer ouvertement la liberté d’expression. C’est ce qu’écrit la journaliste chilienne Alejandra Matus dans le dernier numéro de “Index on Censorship” intitulé “After the Fall” [Après la chute] (vol. 5, 1999). Le 14 avril dernier, le juge Rafael Huerta de la Haute cour de Santiago a interdit l’ouvrage de Matus “Le Livre noir de la justice chilienne” qui offre une description de “la conduite de la Haute cour depuis sa création jusqu’à maintenant”. La police a immédiatement saisi tous les exemplaires du “Livre noir” et Mme Matus a été forcée de s’enfuir aux États-Unis.

Mme Matus consacre la majeure partie de son livre à la période Pinochet, soulignant que “l’absence d’indépendance du pouvoir judiciaire sous la dictature de Pinochet a dépouillé des milliers de personnes de toute protection juridique ce qui, en dernière analyse, leur a coûté la vie”. L’ouvrage traite aussi des lacunes du système judiciaire avant et après le régime de Pinochet, notamment la “corruption, le népotisme et les abus de pouvoir commis par les membres de la Haute cour”. Selon Mme Matus, le juge Servado Jordan, qui a ordonné la saisie de tous les exemplaires de son livre, était impliqué directement dans quatre des dix-sept cas dans lesquels des journalistes ont été soumis à la Loi de 1990 sur la sécurité intérieure. Aux termes de cette loi, “toute publication ou radiodiffusion qui ‘offense’ le président, ses ministres, les généraux et les juges peut être considérée comme un crime contre la sécurité nationale, dont l’auteur est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans”.

Mme Matus a lancé un appel à la Commission interaméricaine des droits de l’homme qui a “donné au gouvernement dix jours pour prendre les mesures appropriées afin d’assurer sa sécurité physique [de Mme Matus] et son droit à la liberté d’expression”. Le gouvernement chilien n’a pas encore répondu à cet ordre car le “Livre noir” est toujours interdit. Mme Matus, contre qui pèse toujours un mandat d’arrestation, ne peut rentrer dans son pays.




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