5 novembre 2004

Une vague de répression s'abat sur la presse d'opposition


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(RSF/IFEX) - RSF se déclare indignée et écoeurée par la vague de répression qui s'est abattue le 4 novembre 2004 sur la presse d'opposition en Côte d'Ivoire, alors que le climat politique et militaire s'est brusquement dégradé entre les forces loyalistes et les ex-rebelles.

"Ce jeudi noir pour la liberté d'expression en Côte d'Ivoire est une opération concertée visant à faire taire des voix discordantes à Abidjan, a déclaré RSF. Les autorités ivoiriennes doivent comprendre que ces 'descentes' politiques, opérées par des milices fidèles et cautionnées par les forces armées, sont non seulement illégales, mais surtout intolérables pour un gouvernement qui se dit démocratique. Comme nous l'avons souligné à maintes reprises, le président Laurent Gbagbo ne devrait pas tolérer que des civils armés fassent régner la terreur à Abidjan".

"Dans ce contexte de violence politique où les médias sont considérés comme des objectifs militaires, nous exhortons les Etats et organisations encore influents en Côte d'Ivoire à peser de tout leur poids pour faire cesser cette vague de répression. Nous ne doutons pas que l'ONU, garante des accords d'Accra, va intervenir avec énergie, le muselage de la presse d'opposition étant toujours le signe avant-coureur de plus graves violences", a ajouté l'organisation.

Dans l'après-midi du 4 novembre à Abidjan, les bureaux des quotidiens "24 Heures" et "Le Patriote", un quotidien proche du RDR, le parti d'Alassane Ouattara, ont été saccagés puis réduits en cendre par des groupes de "Jeunes Patriotes". L'intégralité du matériel de la rédaction du "Nouveau Réveil", quotidien proche du PDCI-RDA de l'ancien président Henri Konan Bédié, a été détruit par environ 200 civils armés de barre de fer et de gourdins, et arborant des T-shirts du groupe proche des "durs" du FPI, le parti du président Gbagbo.

Plus tard dans la soirée, une source militaire a affirmé au bureau de l'Agence France-Presse (AFP) à Abidjan que les journaux "proches" des ex-rebelles et de l'opposition étaient interdits de distribution en zone loyaliste. "Ce sont des mesures conservatoires contre ces journaux pro-rebelles pour accompagner les mouvements sur le terrain", a expliqué cette source. Il s'agit des quotidiens "Le Patriote", "Le Libéral", "Le Front", "Le Nouveau Réveil", le "Jour Plus" et "24 Heures", accusés de faire "l'apologie de la rébellion". Des bombardements aériens ont été menés le 4 novembre par les forces armées ivoriennes contre des positions des ex-rebelles à Bouaké (centre) et dans le nord du pays.

La veille, dans la nuit du 3 au 4 novembre, les diffusions de Radio France Internationale (RFI), de BBC Radio et d'Africa N°1 avaient été interrompues sur la bande FM, après qu'un commando avait saboté leurs installations techniques communes.

Le 27 octobre, RSF s'était inquiétée de la campagne de censure, de destruction et d'intimidation qui s'étendait en Côte d'Ivoire à l'encontre de certains journaux de l'opposition, après que plusieurs témoignages concordants avaient déjà signalé des "descentes" de jeunes Ivoiriens contre des vendeurs de rue à Abidjan.



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