7 janvier 2005

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE SUBIT DES RECULS


À travers toute l'Asie du Sud-Est, l'année 2004 aura été mauvaise pour la liberté de la presse, avec un nombre record de journalistes assassinés aux Philippines, le recours, en Indonésie et en Thaïlande, à des lois draconiennes en matière de diffamation, et la détérioration de la censure en Birmanie, peut-on lire dans un nouveau rapport publié par l'Alliance de la presse de l'Asie du Sud Est (Southeast Asian Press Alliance, SEAPA).

Aux Philippines, plus de 12 journalistes ont été tués l'an dernier, dont un bon nombre étaient ciblés pour avoir mis à nu des problèmes sociaux, notamment la corruption gouvernementale et les activités criminelles. Depuis 1986, plus de 60 journalistes ont été assassinés en raison de leur travail, et personne n'a été trouvé coupable de quoi que ce soit, dit la SEAPA. Cette situation a mené à une culture d'impunité, qui piège les journalistes dans un cycle de violence.

En Thaïlande et en Indonésie, les gouvernements et certaines sociétés privées ont recours à des lois archaïques et très dures en matière de diffamation pour réduire leurs critiques au silence. Le géant thaïlandais des télécommunications, Shin Corp., qui appartient à des amis et des proches du premier ministre Thaksin Shinawatra, a poursuivi un défenseur des médias qui avait attiré l'attention sur la soudaine croissance des bénéfices de l'entreprise l'année même où Thaksin est devenu premier ministre.

À Djakarta, un homme d'affaires connu pour ses liens avec l'armée et de hauts dignitaires du gouvernement a remporté une poursuite contre le magazine « Tempo » à cause d'un reportage qui laissait entendre que l'homme d'affaires pourrait avoir profité indûment d'un incendie qui a ravagé un marché.

Dans d'autres pays, les gouvernements s'obstinent à ne tolérer aucune presse libre, dit la SEAPA. Les médias du Laos, de Singapour et de Malaisie sont en grande partie contrôlés par les dirigeants politiques et militaires. Des officiels malaysiens ont menacé d'invoquer la Loi sur la sécurité intérieure (ISA) pour châtier les webmestres qui permettent l'affichage sur leurs sites de matériel « irresponsable ». En Birmanie, l'un des pires endroits où être journaliste, la junte militaire a ordonné la suspension indéfinie de plus d'une douzaine de publications d'informations déjà sous son contrôle.

Lire le dossier de la SEAPA : http://www.seapabkk.org/column/2005/01/20050102.html
Consulter le site web de la SEAPA : http://www.seapabkk.org/


 
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