19 mai 2006

LES MEMBRES DE L'IFEX RÉAGISSENT AU NOUVEAU CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME DES NATIONS UNIES


L'élection, le 10 mai 2006, de 47 pays au nouveau Conseil des droits de l'homme des Nations Unies suscite des réactions partagées chez les membres de l'IFEX, qui vont de l'accueil prudent à l'inquiétude sérieuse.

Selon Human Rights Watch, le résultat constitue une amélioration importante par rapport à l'ancienne Commission des droits de l'homme, largement critiquée parce qu'elle incluait parmi ses membres quelques-uns des régimes les plus répressifs du monde.

Le nouveau Conseil est beaucoup mieux placé pour s'attaquer aux violations des droits de la personne, fait remarquer le groupe. Contrairement à l'ancienne Commission, le Conseil se réunit au moins trois fois par année; il peut facilement convoquer des séances spéciales et il est tenu de passer en revue périodiquement le dossier de tous les États membres de l'ONU en matière de droits de la personne, y compris des plus puissants sur le plan politique.

Human Rights Watch fait valoir que les normes requises pour appartenir au nouveau Conseil et les nouvelles modalités d'élection découragent les pays qui présentent un mauvais dossier des droits de la personne, et les détournent de tenter de s'y faire élire. Parmi ces pays on compte le Soudan, le Zimbabwe, la Libye, la Syrie, le Vietnam, le Népal et l'Égypte, qui détenaient tous un siège à l'ancienne Commission. Le nouveau Conseil décourage aussi les pires transgresseurs de solliciter un siège, à savoir la Corée du Nord, la Birmanie, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Bélarus et la Côte d'Ivoire.

Bien que plusieurs pays ayant un piètre dossier en matière de droits de la personne, notamment la Chine, la Russie et Cuba, aient été élus au nouveau Conseil, d'autres comme l'Iran ont été défaits. En outre, tous les membres du Conseil seront tenus de coopérer avec les enquêteurs des droits de la personne des Nations Unies, et seront examinés minutieusement en fonction des nouvelles procédures d'évaluation aux termes desquelles les membres peuvent être suspendus pour des violations graves, dit Human Rights Watch.

Pour sa part, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) adopte une attitude plus prudente, et salue le nouveau Conseil, mais fait remarquer que certains des pires violateurs du monde au chapitre de la liberté de la presse en sont devenus membres.

« L'inauguration du Conseil des droits de l'homme représente une puissante occasion de confronter les grands obstacles à la création d'une culture mondiale de respect des droits fondamentaux, mais cela peut être mis en danger lorsque certains des pays élus cette semaine ? la Chine, Cuba, la Russie, l'Arabie saoudite et la Tunisie, entre autres ?, sont des États où la liberté de la presse subit des pressions », dit la FIJ.

Les membres du Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX, une coalition de 15 groupes membres de l'IFEX, ont exprimé leur inquiétude que la Tunisie ait été élue au Conseil. « Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies pourrait bientôt perdre sa crédibilité s'il passe sous le contrôle de gouvernements autocratiques comme celui de la Tunisie, qui viole la liberté d'expression et qui harcèle et emprisonne les gens qui critiquent pacifiquement leurs dirigeants », a déclaré Francisco Diasio, de l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires.

Diasio était en avril à la tête d'une mission d'information du TMG en Tunisie qui a constaté de nombreux incidents de censure, de harcèlement des journalistes et des militants des droits de la personne, et de filtrage de l'Internet.

Avant l'élection, le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (HRInfo), l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne et l'Institut du Caire pour les études sur les droits de la personne avaient aussi mis en garde contre l'élection au Conseil de la Tunisie et d'autres États arabes qui présentent de graves lacunes en matière de droits.

Reporters sans frontières (RSF) a exprimé son indignation devant le fait que dix des pays que le groupe considère comme les pires transgresseurs du monde en ce qui concerne la liberté de la presse ont été élus au Conseil. Le groupe a qualifié de « scandale » l'élection de l'Algérie, de l'Arabie saoudite, de l'Azerbaïdjan, du Bangladesh, de la Chine, de Cuba, du Nigéria, du Pakistan, de la Russie et de la Tunisie. « Quelle victoire pour eux, et quelle défaite pour les Nations Unies », a déclaré RSF.

De ces pays, la Chine et Cuba sont les pires geôliers de journalistes, fait remarquer RSF.

Pour Human Rights Watch, le nouveau Conseil fera face à plusieurs questions difficiles lorsqu'il tiendra sa réunion inaugurale le 19 juin, notamment l'adoption d'un nouveau traité contre les disparitions forcées (auquel s'opposent actuellement les États-Unis) et l'adoption de résolutions particulières pour chaque pays sur des crises comme le Darfour et l'Ouzbékistan.

Consulter les sites suivants :

- Human Rights Watch : http://www.hrw.org/english/docs/2006/05/10/global13343.htm- FIJ : http://www.ifj.org/pdfs/UN100506.pdf- Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX : http://www.ifex.org/fr/content/view/full/74357/- HRInfo : http://www.hrinfo.net/en/reports/2006/pr0508.shtml- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=17743- Conseil des droits de l'homme des Nations Unies : http://www.ohchr.org/french/bodies/hrcouncil/index.htm- Commission des droits de l'homme des Nations Unies : http://www.ohchr.org/french/bodies/chr/index.htm

 
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