3 mai 2004

Suite aux déclarations du chef de l'autorité judiciaire, RSF demande l'application de la loi et la libération des journalistes emprisonnés


Détails de l'incident

Reza Alijani, Hoda Saber, Taghi Rahmani, Ensafali Hedayat, Siamak Pourzand, Ali-Reza Jabari, Hassan Yussefi Eshkevari, Akbar Ganji, Iraj Jamshidi, Abbas Abdi, Hossein Ghazian, Mostafa Sabti

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(RSF/IFEX) - RSF salue les instructions du chef du pouvoir judiciaire, Mahmoud Hachemi Chahroudi, qui visent à l'application de la loi, et notamment à l'arrêt des pratiques illégales dans les prisons et les tribunaux de la République islamique. Prenant acte de cet engagement, l'organisation demande aux autorités de libérer les 12 journalistes incarcérés illégalement et de les dédommager pour leur emprisonnement et les violences dont ils ont été victimes.

Le 28 avril 2004, la presse iranienne a publié les instructions de Chahroudi adressées à la justice, à la police, et aux forces de sécurité, leur demandant de respecter la loi : "Au cours de l'arrestation ou de l'interrogatoire, il ne faut pas bander les yeux, entraver les membres, ni humilier l'accusé (. . .). Les agents chargés des interrogatoires ne doivent pas dissimuler leur visage, ni se placer dans le dos des accusés, ni les emmener en des lieux inconnus (. . .). Toute forme de torture visant à obtenir des aveux est à proscrire (. . .)". Le texte ajoute que les arrestations et les enquêtes "doivent être menées en application d'une décision de justice", "les avocats doivent être présents lors des procès" et les "emprisonnements inutiles" doivent être évités.

Face à ces déclarations, véritable reconnaissance officielle d'une violation systématique du droit et de la pratique généralisée de la torture, RSF demande la libération des journalistes emprisonnés dans l'illégalité :

- Reza Alijani, rédacteur en chef de "Iran-e-Farda" et lauréat du prix RSF - Fondation de France 2001, est emprisonné depuis le 14 juin 2003 ainsi que Hoda Saber, directeur de "Iran-e-Farda" et Taghi Rahmani, journaliste à "Omid-e-Zangan". Détenus en cellule d'isolement, sans aucun motif, ces trois journalistes sont privés de leur identité depuis près de 11 mois. Leurs avocats n'ont pas encore eu accès aux dossiers (consulter des alertes de l'IFEX du 11 mars et 13 janvier 2004, 22 octobre, 12 septembre, 15 juillet, 24, 19 et 16 juin et 12 mai 2003, entre autres).

- Ensafali Hedayat, journaliste indépendant, emprisonné le 16 janvier 2004, a été condamné en avril à 18 mois de prison. Ce journaliste, qui a fait appel de cette décision et versé la caution demandée, aurait donc dû être libéré au moins jusqu'au verdict de la cour d'appel (consulter des alertes des 16 et 7 avril et 19 janvier 2004).

- Siamak Pourzand, journaliste indépendant, condamné à huit ans de prison, est en détention depuis novembre 2000. Agé de 74 ans, il a subi de fortes pressions psychologiques et des séances de torture lors d'interrogatoires. Maintenu des mois en isolement, Pourzand est à présent hospitalisé (consulter des alertes des 21 et 16 avril et 13 janvier 2004, 3 avril 2003, 25 octobre, 31 et 9 juillet 2002, entre autres).

- Ali-Reza Jabari, journaliste au mensuel "Adineh", emprisonné depuis le 17 mars 2003, a été condamné à trois ans de prison et 253 coups de fouet. Arrêté pour avoir enfreint le contrôle des moeurs, il semble que ses relations avec l'Association des écrivains iraniens et sa liberté de parole soient à l'origine de son arrestation. A plus de 60 ans, Jabari, cardiaque, est détenu avec des prisonniers de droit commun. Il subit des traitements encore plus sévères depuis la publication sur un site Internet d'une lettre racontant ses conditions de détention (consulter des alertes du 13 janvier 2004, 3 avril, 11 février, 24 et 8 janvier 2003).

- Hassan Youssefi Echkevari, théologien et journaliste à "Iran-e-Farda", est emprisonné depuis le 5 août 2000. Il a été condamné à sept ans de prison, sans avoir pu assister à son propre procès. Diabétique, insulino-dépendant, et victime d'une hémorragie aux yeux, il nécessite des soins intensifs (consulter des alertes du 13 janvier 2004, 25 octobre, 9 août, 26 et 12 avril, 19 mars, 16 et 15 janvier 2001, entre autres).

- Akbar Ganji, journaliste au quotidien "Sobh-e-Emouz", condamné à six ans de prison, est détenu depuis le 22 avril 2000. Le 13 janvier 2001, il est condamné à 10 ans de prison. En mai, sa peine est ramenée en appel à six mois. Mais le 15 juillet 2001, la Cour suprême revient sur ce verdict et le condamne à six ans de prison (consulter des alertes du 13 janvier 2004, 23 avril 2003, 29 août, 25, 16 et 3 mai, 27 février et 24 janvier 2001, entre autres).

- Iraj Jamshidi, rédacteur en chef du quotidien économique "Asia", emprisonné depuis le 6 juillet 2003 et maintenu des mois en isolement, n'a toujours pas été jugé (consulter des alertes du 13 janvier 2004, 8 décembre, 29 et 1er août, 17 et 15 juillet 2003).

- Abbas Abdi, journaliste du quotidien "Salam", détenu depuis le 4 novembre 2002, a été condamné à quatre ans et demi de prison tout comme Hossein Ghazian, du quotidien "Norouz", incarcéré depuis le 31 octobre 2002. Une partie des chefs d'accusation de ces deux journalistes a été annulée par une décision de la Cour suprême en avril 2003, mais celle-ci ne s'est pas prononcée sur le reste des charges qui pèsent à leur encontre (consulter des alertes sur le cas Abdi du 13 janvier 2004, 10 octobre, 1er août, 24 juin, 30 et 23 avril, 13 mars et 8 janvier 2003, 28 et 6 novembre 2002 ; consulter des alertes sur le cas Ghazian du 13 janvier 2004, 30 et 23 avril et 8 janvier 2003 et 28 novembre 2002).

- Mostafa Sabti, directeur de l'hebdomadaire "Gorgan-e Emrouz", arrêté le 19 mars 2004, doit purger une peine de trois mois de prison pour diffamation, ce qui devrait entrer dans la catégorie des "peines inutiles" mentionnées par Chahroudi (consulter une alerte du 7 avril 2004).

Les déclarations du chef du pouvoir judiciaire reprennent les recommandations adressées dans leur rapport de mission 2003 par Louis Joinet, président du groupe de travail sur la détention arbitraire, et par Ambeyi Ligabo, rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d'expression et d'opinion. Les pressions internationales ont incontestablement joué dans cet étonnant revirement de la République islamique. Reste maintenant à appliquer ces recommandations.



Source

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