29 juin 2004

Les cas de plusieurs journalistes iraniens suscitent de nouvelles inquiétudes à la clôture du "dialogue" avec la UE sur la question des droits de l'homme


Détails de l'incident

Iraj Jamshidi, Emadoldin Baghi, Sina Motallebi

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(RSF/IFEX) - Ci-dessous, un communiqué de presse de RSF, daté du 28 juin 2004 :

Reporters sans frontières interpelle l'Union européenne sur la plus grande prison de journalistes au Moyen-Orient

Dans une lettre ouverte, Reporters sans frontières a interpellé la délégation européenne qui a récemment pris part au dialogue avec la République islamique sur la question des droits de l'homme, les 14 et 15 juin à Téhéran. L'organisation a dénoncé la poursuite des menaces à l'encontre des professionnels de la presse et la dégradation de la situation des journalistes emprisonnés.

"A ce jour, ce dialogue, entrepris depuis 2001, n'a pas permis de diminuer la répression, tout en offrant au régime iranien la possibilité de préserver de "bonnes relations" avec les pays européens. [. . .] Reporters sans frontières vous demande, à l'avenir, de prendre en compte les recommandations et les témoignages des associations indépendantes et représentatives de la société civile iranienne. Nous souhaitons également que l'Union européenne adopte une position ferme vis-à-vis des autorités iraniennes afin de mettre un terme à cette répression. Rappelons que depuis 2001, 120 titres de presse ont été interdits, plus d'une cinquantaine de journalistes interpellés dont 11 sont toujours en détention, faisant de l'Iran la plus grande prison des journaliste au Moyen-Orient. Que dire dans ce contexte du gouvernement iranien, qui affirmait le 20 juin 2004 : 'C'est à l'Union européenne d'apprendre de l'Iran en matière de droits de l'homme!'", a écrit Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontière.

11 journalistes actuellement en prison :

- Akbar Ganji, journaliste à Sobh-e Emrouz, emprisonné depuis le 22 avril 2000.
- Hassan Youssefi Echkevari, d'Iran-e Farda, emprisonné depuis le 5 août 2000.
- Hossein Ghazian, de Norouz, emprisonné depuis le 31 octobre 2002.
- Abbas Abdi, de Salam, emprisonné depuis le 4 novembre 2002.
- Ali-Reza Jabari, d'Adineh, emprisonné depuis le 17 mars 2003.
- Siamak Pourzand, collaborateur de plusieurs journaux indépendants, emprisonné depuis 30 mars 2003.
- Taghi Rahmani, d'Omid-e Zangan, emprisonné depuis le 14 juin 2003.
- Reza Alijani, rédacteur en chef de Iran-e Farda et lauréat du prix Reporters sans frontières-Fondation de France, emprisonné depuis le 14 juin 2003.
- Hoda Saber, directeur de Iran-e Farda, emprisonné depuis le 14 juin 2003.
- Iraj Jamshidi, rédacteur en chef du quotidien économique Asia, emprisonné depuis le 6 juillet 2003.
- Ensafali Hedayat, journaliste indépendant, emprisonné depuis le 16 janvier 2004.

Dans une lettre ouverte, datée du 20 juin 2004 et adressée au chef du système judiciaire iranien, l'ayatollah Shahroudi, les avocats de Reza Alijani, Taghi Rahmani et Hoda Saber ont protesté contre l'irrégularité et l'illégalité des arrestations, des jugements et des conditions de détention de leurs clients. Les avocats ont notamment décrit les maltraitances et les tortures qu'ils ont subies : "Ils ont été interrogés, insultés et frappés durant des heures pour "avouer" les accusations portées à leur encontre." Les avocats ont également rappelé qu'ils n'ont jamais eu accès au dossier de leurs clients, ni pu s'entretenir avec eux, pas plus qu'ils n'ont reçu de document officiel sur la condamnation des trois journalistes.

Reporters sans frontière est également très inquiète de la disparition du journaliste Iraj Jamshidi, incarcéré le 6 juillet 2003, dont l'organisation est sans nouvelles. A la veille de la visite du rapporteur spécial des Nations unies, M. Ambeyi Ligabo, du 4 au 11 novembre 2003, le journaliste avait été transféré de sa cellule d'isolement en dortoir, puis avait regagné les sous-sols de la prison d'Evin. Il n'a reçu qu'une seule visite depuis près d'un an, coïncidant avec le séjour de M. Ligabo, et n'a toujours pas été jugé.

Au moment de la visite de la délégation européenne à Téhéran, convocations et interpellations de journalistes se sont poursuivies. Ainsi, Emadoldin Baghi, journaliste et militant pour la défense des prisonniers d'opinion, a été convoqué ce 28 juin par le tribunal révolutionnaire de Téhéran. Déjà condamné en octobre 2000 à trois ans de prison ferme, il avait multiplié, à sa sortie de prison en 2003, les actions en faveur de la liberté d'expression et avait créé une association de défense des prisonniers d'opinion. Condamné à un an de prison avec sursis, le 4 décembre 2003, Emadoldin Baghi risque à nouveau d'être incarcéré.

En Europe, des journalistes iraniens en exil continuent d'être harcelés par la justice, comme Sina Motallebi, journaliste du quotidien réformateur Hayat-e Now et animateur du site http://www.rooznegar.com,aujourd'hui en exil aux Pays-Bas. Sina Motallebi avait été incarcéré et placé en isolement entre le 20 avril et le 12 mai 2003 pour "atteinte à la sécurité nationale à travers une activité artistique".

Depuis sa sortie du territoire, Sina Motallebi est un témoin gênant pour les autorités iraniennes. Il n'a pas hésité à parler de son arrestation arbitraire, du refus d'avoir accès à un avocat, des aveux qui lui ont été extorqués et de sa détention au secret pendant plusieurs semaines dans la prison d'Evin. Le 8 juin, Sina Motallebi était notamment intervenu lors d'une conférence de presse organisée au siège de Reporters sans frontières à Paris. Le récit de son emprisonnement avait été repris dans la presse et sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte. Le lendemain, à Téhéran, son père a été convoqué par la justice. La date du procès de Sina Motallebi a été fixée au 19 juillet prochain et les autorités ont signifié que, en cas d'absence de l'accusé, son père devrait verser immédiatement une caution de 30 millions de tomans (environ 30 000 euros au taux officiel).



Source

Reporters sans frontières
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