18 août 2006

Deux quotidiens perquisitionnés dans l'affaire Abu Omar


Détails de l'incident

Cristina Zagaria, Carlo Bonini, Claudio Ernè

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(RSF/IFEX) - Le 11 août 2006, les rédactions du quotidien "Repubblica" à Rome et à Milan, ainsi que la rédaction du quotidien "Piccolo" à Trieste, ont été perquisitionnées par la police financière, sur ordre de Giancarlo Tarquini, procureur de la République de la ville de Brescia (Nord). Le magistrat enquête sur l'enlèvement de l'imam Abu Omar par la CIA.

Reporters sans frontières dénonce les perquisitions conduites dans les rédactions des journaux italiens "Repubblica" et "Piccolo". "Nous sommes alarmées par l'attitude du pouvoir judiciaire italien qui prend les journalistes pour des auxiliaires de justice et viole en toute impunité le secret des sources. Nous réprouvons ces perquisitions qui ont pour objectif de découvrir par la force les sources de journalistes d'investigation. C'est inacceptable", a déclaré l'organisation.

Une dizaine d'agents se sont rendus, le 11 août 2006 à dix heures du matin, à la rédaction milanaise du quotidien "Repubblica". La perquisition a duré près de onze heures. Le bureau de la journaliste Cristina Zagaria a été plus particulièrement fouillé. La police a emporté des notes de la journaliste et a copié une partie des documents enregistrés sur son disque dur. Des perquisitions ont ensuite été menées au domicile milanais de la journaliste et de son compagnon. L'ordinateur du journaliste Carlo Bonini a été saisi, alors même qu'il ne fait pas l'objet d'une enquête judiciaire.

Vers minuit, des agents ont également perquisitionné la rédaction centrale du quotidien "Repubblica" à Rome, où ils sont restés environ quatre heures.

La rédaction du journal "Piccolo" a fait elle aussi l'objet d'une perquisition, pendant environ six heures. Le bureau puis le domicile du journaliste Claudio Ernè ont fait l'objet d'une fouille particulièrement poussée.

Les journalistes Cristina Zagaria et Claudio Ernè sont accusés d'avoir "violé le secret de l'instruction" et de "recel de documents secrets" (article 648 du code pénal italien). La justice a mené des perquisitions suite à une plainte de Lorenzo Pillini, responsable de la SIMSI (Servizio per la Informazioni e la Sicurezza Militare - services secrets militaires italiens) de la ville de Trieste, dont des propos - pendant un interrogatoire lié à l'affaire Abu Omar - avaient été reproduits dans ces journaux. Les deux reporters enquêtent sur l'affaire de l'ancien imam de Milan, enlevé en février 2003, par des agents de la CIA sur le territoire italien. La coopération des services de renseignements italiens dans cet enlèvement n'a pas encore été établie.

Le procureur de Brescia, Giancarlo Tarquini, a déclaré lors d'une conférence de presse le 13 août 2006 que les perquisitions effectuées dans les rédactions des journaux "Repubblica" et "Piccolo" "sont personnelles et chirurgicales et ne concernent pas le reste de la rédaction des journaux intéressés." "Il n'y a pas eu d'atteinte à la liberté de la presse", a-t-il a ajouté.

Le comité de la rédaction du journal "Piccolo" dénonce "le climat pénible de pressions et d'intimidations" auquel une partie de la presse est actuellement soumise. Le comité de la rédaction du journal "Repubblica" joint par Reporters sans frontières a exprimé "son trouble, étonnement et préoccupation pour l'indépendance de la profession". Enfin Serventi Longhi, secrétaire général de la FNSI (Fédérations des journalistes italiens), a déclaré : "Il n'y pas de doutes, l'on est bien confrontés à un climat punitif à l'égard des journalistes italiens, un climat crée par une partie de la classe politique et par certains magistrats . . ."



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