28 mars 2000

LES LOIS RESTREIGNENT OUTRAGEUSEMENT LA LIBERTÉ D?EXPRESSION


Le gouvernement koweitien devrait abolir les lois qui restreignent indûment la liberté d’expression, soutient Human Rights Watch (HRW). Dans le dernier numéro de “Index on Censorship” (vol. 29, février 2000), intitulé “Women Who Censor” [les femmes qui censurent], on rapporte que la loi du Koweït sur la presse et les publication et le code pénal du pays contiennent des dispositions en vertu desquelles le fait de “publier des matériaux qui, par allusion, calomnie, sarcasme ou dénigrement, s’attaquent à Dieu, aux prophètes ou aux compagnons du prophète Mahomet, ou qui entachent la morale publique” constitue un délit criminel. Les lois prévoient aussi des peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison et 3 000 KD d’amende (9 780 $ US) pour incitation à commettre des actes immoraux, et jusqu’à un an de prison et 3 000 KD d’amende (3 260 $ US) pour la propagation d’opinions qui comportent des sarcasmes, le mépris ou l’amoindrissement d’une religion ou d’une école de pensée religieuse, que ce soit par la diffamation contre son système de croyances, ses traditions, ses rites ou ses préceptes”, dit HRW.

Le 26 mars dernier, deux écrivaines et un éditeur se sont vu infliger une amende aux termes de ces lois rédigées dans un langage opaque. Les deux femmes ont d’abord été accusées et condamnées le 22 janvier à deux mois de prison, dit “Index on Censorship”. Le tribunal avait jugé à ce moment-là que les écrits des deux femmes “contenaient des expressions qui attentaient à Dieu, et d’autres expressions indécentes et honteuses”. Bien que les tribunaux aient par la suite renversé les peines de prison imposées et les aient remplacées par des amendes, HRW fait remarquer qu’“à moins que le gouvernement n’intervienne rapidement, l’espace de la liberté d’expression est menacé de disparaître complètement”.

Mme ‘Aliya Shou’ayb, qui enseigne à l’université du Koweït, a été accusée de “blasphème” et d’“avoir publié des opinions qui ridiculisent la religion” à cause de son recueil de poésie “Les Araignées déplorent une blessure”. L’éditeur de Mme Shou’ayb a aussi été accusé pour avoir publié l’ouvrage sans permis. Selon “Index on Censorship”, le livre de Mme Shou’ayb ne mentionne Dieu qu’une seule fois, pour dire “la carte géographique secrète de Dieu”. Leila al-‘Othman a également été accusée pour avoir utilisé dans son livre “Le Départ” un “langage indécent”, par exemple le mot “lascif”. “Index on Censorship” rapporte que ses avocats ont fait remarquer qu’elle n’avait utilisé le mot “lascif” que pour décrire les vagues de l’océan, et que le poème ne portait d’aucune façon sur la religion. Dans les deux cas, les juges ont négligé de préciser comment les expressions de l’écrivaine “offensaient Dieu”. Ces jugements sont les derniers en date d’une “série de cas soulevés par les religieux conservateurs du Koweït contre les journalistes, les écrivains et les intellectuels”, conclut HRW.




Koweït
 
Plus d'informations : Koweït