1 juin 1999

LES AUTORITÉS CENSURENT, LES JOURNALISTES S?AUTOCENSURENT


Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ)
rapportent que, depuis quelques semaines, l’Autorité palestinienne (AP) censure la
presse écrite et la presse électronique en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Les
22 et 23 mai, les autorités palestiniennes responsables de la sécurité ont arrêté trois
journalistes qui collaboraient à l’hebdomadaire islamique “Al-Risala” de Gaza, après la parution le 20 mai d’un article affirmant que la police palestinienne avait torturé en détention Ayman Amassi. Le directeur Wisam Afeeda, le rédacteur en chef Saleh Bardaweel et le directeur-rédacteur en chef Ghazi Hamad ont été interrogés par le service des enquêtes criminelles de Gaza.

Le CPJ rapporte également des cas de censure dans les médias électroniques privés de Cisjordanie. Le 17 mai, les forces de sécurité de Palestine ont fermé la station de
télévision “Al-Rao”, de Bethléem après la diffusion le 13 mai d’une pièce qui, selon les autorités, aurait incité aux “préjugés” entre musulmans et chrétiens. Selon le CPJ,
“depuis plus d’un an, la station ‘Al-Rao’ était continuellement la cible de harcèlement
en raison de l’indépendance de sa couverture des événements et de sa programmation”. Le 26 avril, les autorités palestiniennes responsables de la sécurité à Hébron ont ordonné à la station de télévision ‘Amal TV’ de mettre fin à ses activités parce qu’elle aurait bloqué la fréquence de ‘Palestine TV’, même si les responsables de ‘Palestine TV’ n’en ont apparemment jamais rien su. D’après le CPJ, “le personnel de ‘Amal TV’ soupçonne que la fermeture est une mesure de représailles à la diffusion d’un reportage sur la corruption sous l’Islam, ou d,un autre sur l’histoire d’un homme qui a tenu son fils en captivité pendant de longues années dans une caverne de Hébron”. La station a repris l’antenne à la mi-mai.

Entre-temps, en Palestine, les journalistes pratiquent l’autocensure, rapporte Daoud
Kuttab dans le “IPI Report” de l’Institut international de la presse (IIP) (premier
trimestre de 1999). Kuttab écrit en effet que “lorsque la direction palestinienne est
revenue et a instauré l’Autorité palestinienne, en 1994, il semble qu’un effort délibéré en vue de contrôler les médias se soit affirmé”. L’Autorité palestinienne a fermé des journaux et arrêté des journalistes, même si cela arrive moins fréquemment maintenant. “Officiellement, dit Kuttab, l’Autorité palestinienne n’a pas de censeur responsable de déclarer publiquement ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. L’Autorité palestinienne préfère recourir à l’intimidation, qui échappe souvent à l’attention publique. L’Autorité
palestinienne s’en tire généralement, surtout parce que les journalistes y consentent pat la pratique de l’autocensure. Pour intimider les journalistes, les agents de sécurité n’ont qu’à leur rappeler les arrestations arbitraires et la fermeture des journaux.”